dimanche 14 avril 2013

Pas pour moi,merci.













  Je me réveillais au son de voix et de rires, qui me firent lentement émerger de mon sommeil comateux avec une grimace. Je restai un instant désorienté, me demandant où j'étais, avant que mon cerveau ne se remette en route. J'étais toujours roulé en boule sur mon duvet, avec la bouche pâteuse et un mal de crâne certain... Et une humeur qui promettait de ne pas être rose.
  Je m'assis, m'étirai, le dos endolori. Dormir par terre ne m'avait jamais bien réussi. Le lit à côté de moi était vide, les deux filles complètement bourrées de la veille avaient visiblement fini de cuver leur vin. Ou avaient été évacuées pour coma éthylique, je ne sais pas. Si j'avais su...
  Je me levai, tâtonnai mes poches pour vérifier que mon portable, mes clés, mes clopes, étaient toujours là. Ouf. Je repérais une seconde porte au fond de la chambre, qui donnait sur une minuscule salle de bain. Je ne fus pas surpris de ma tête de déterré, et me donnai un bon coup de frais - je mis même la main sur un crayon noir pour les yeux, alléluia - histoire de ne pas faire peur aux gosses dans la rue, quand je rentrerai chez moi.
  Je finis par me décider à rejoindre les autres, même pas certain d'en reconnaître un seul. Je regardai l'heure sur mon téléphone ; onze heure du matin. Je n'allais pas m'attarder, j'avais déjà envie de me recoucher, dans un vrai lit cette fois.
  Je retrouvai une partie des fêtards de la veille, une bonne dizaine, affalés dans le salon, avec un petit-déjeuner improvisé majoritairement composé de gâteaux et de sucreries. Je plissais le nez de dégoût, et marmonnais un bref "b'jour" à la ronde, ne recevant que quelques réponses en retour. Je me coulai vers le bar qui séparait la cuisine du salon, et me jetai presque sur la cafetière, encore à moitié pleine. Je n'étais pas un grand fanatique du café, mais là, j'avais besoin d'un bon coup de fouet.
  J'étais à peine revenu parmi les autres, m'installant sur un pouf abandonné avec ma tasse à la main, qu'Elias fit son entrée, sortant de la seconde chambre. En tout et pour tout vêtu d'un jean et pas gêné le moins du monde, il s'étira voluptueusement, ses cheveux ébouriffés lui donnant l'air d'un lion au réveil. L'instant d'après, il balança une connerie qui fit rire toute la petite assemblée, excepté moi. Me tordant le cou, j'étais en train de jeter un oeil dans la chambre qu'il venait de quitter ; une petite brune en sous-vêtements s'affairait à ramasser ses fringues, éparpillés sur la moquette. Je reportais mon attention sur Elias ; quand il loupait un train, il prenait le prochain,donc. Okay... 
  Indifférent à l'ambiance générale, je sirotai mon café, pour empêcher mes yeux de se fermer tout seuls. Aussi, ne vis-je pas Elias se faufiler derrière moi, tout sourire.

- Hey, Ivy... Pas trop dur, le sol où t'as voulu resté vautré ?

- Pas trop décevant, le trou par lequel t'as remplacé le mien ?

  Elias gloussa, et se laissa tomber à côté de moi, s'emparant d'un paquet de gâteaux.

- Jaloux ?

- Perplexe.

  Il haussa les épaules, et commença à dévorer, ne s'occupant même pas de savoir si sa conquête d'un soir était dans les parages - bon, elle ne l'était pas,  mais quand même..

- T'es habitué à te faire désirer, habituellement,peut-être ? Pas mon genre. Tu dis non, je me casse, je n'allais pas te supplier. Petite allumeuse.

  Je fronçais les sourcils.

- J'étais bourré !

- Quand même assez lucide, j'ai remarqué !

  Sans aucune gêne, Elias me prit ma tasse ses mains, but quelques gorgées, et me la rendit.

- J'te ramène ?

- Je préférerai rentrer tout seul, grinçais-je.

- Tu ne sais même pas où on est. 

- ... J'ai envie de marcher.

  Elias se releva, visiblement amusé, et me lança juste avant de m'abandonner ;

- T'es vraiment plus... Fier que tu ne le fais croire. C'est un défi ?

  Mais avant que je n'eusse pu répondre, il ne me prêtait déjà plus attention. Le laissant monopoliser la galerie, je me coulai hors de l'appartement, discrètement, sans regrets. Aucune des personnes rencontrées ici ne m'intéressait, même un minimum, j'avais juste profité de la soirée pour me changer les idées, et rien de plus. Mon oncle allait probablement me passer un savon mémorable, mais à part me boucler dans la chambre, d'où je savais si bien m'évader, que pouvait-il faire ?


  Lundi matin en arrivant au lycée, je fus frappé par deux choses ; le bordel ambiant qui régnait, avec des élèves qui chuchotaient dans les couloirs et les profs à l'air dépassé, et la petite brune de samedi, qui manqua de me rentrer dedans en sortant des toilettes du troisième étage, pleurant à chaudes larmes. Curieux, je laissais traîner mes oreilles ; le chaos général était bien entendu le résultat de la petite "farce" d'Elias, qui n'avait que trop bien fonctionné. Les photos compromettantes de la Fouine se baladaient toujours sur le site du lycée, personne n'avait trouvé le moyen de le fermer, ou de supprimer le contenu indésirable, vu qu'Elias avait instauré un nouveau password bien gratiné, et que l'informaticien officiel du bahut était en congés, injoignable. Fabuleux.
  Pour la brune, j'appris sans trop de surprise qu'Elias lui avait signifié, avec ses mots à lui - je n'osais les imaginer - qu'elle avait été une simple "distraction" d'un soir. Le grand classique. Finalement, j'avais peut-être loupé un an de scolarité, mais le jeu était toujours le même. Il n'y avait que les joueurs, de changés.
  Durant la journée, Elias et moi ne parlâmes pas de l'histoire du site, hormis pour en ricaner avec les autres, lui fier comme un roi de son petit complot, et moi ne tenant pas à me faire griller d'une manière quelconque, vu que j'y avais participé malgré tout. Apparemment, le directeur et le CPE étaient fous comme des lapins, soupçonnant plusieurs élèves. Je n'étais pas sur la liste des suspects, semble-t-il, puisqu'on me ficha la paix. Je n'étais cependant pas très à l'aise. La journée se déroula dans un climat un brin surréaliste, vu que les profs, aussi choqués, voir amusés pour certains, que leurs élèves quand à cette histoire de fesses et de fouets en cuir sur la toile, ne firent pas grand-chose pour dissiper le bazar qui régnait en classe. Et moi, je me tortillais sur mon siège, redoutant que le dirlo ne fasse irruption pour m'accuser en beuglant. Si ça avait été le cas, j'aurai balancé Elias comme un porc, pas de doute, MAIS je tenais à éviter à ce que ça remonte aux oreilles de mon oncle, tout de même.
Je quittai donc le lycée en soirée, toujours aussi blanc que neige et très soulagé. 
  Maintenant, il ne me restait plus qu'à trouver comment meubler ma soirée dehors, et, accessoirement, faire en sorte de ne pas tomber sur Elias ; ce soir, il n'y aurai sans doute pas de petite brune pour l'occuper, l'animal.






A suivre...







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Image prise ici.



1 commentaire:

  1. mais c'est qu'il se défend l'animal!!! :P
    Super suite mais à chaque fois j'ai juste troooop envie de savoir ce qu'il y a après xD

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.