mardi 4 juin 2013

Pas de fumée sans feu.














  Finalement, dans les minutes qui survinrent, j'appris qu'Elias nous avait suivi pour une toute autre raison que de nous surveiller ; il venait simplement me chercher parce que son pote était déjà prêt pour remorquer la moto. Je me mordis les lèvres pour ne pas rire, alors que je regardais Morgan tranquillement s'extirper de sa voiture en remontant son pantalon.

  Passablement débraillé, j'acceptais de suivre Elias, et marmonnais un vague "salut" à Morgan, avec un p'tit sourire en coin, qui spécifiait que j'avais pris mon pied. Il me fit un clin d’œil, et s'installa au volant de sa caisse, avant de démarrer et de nous laisser seuls, Elias et moi.
  Je le regardai. Totalement impassible, seuls ses yeux bougeaient, me scrutant de la tête aux pieds. Finalement, il lâcha :

- Je croyais que tu ne couchais pas avec les connards.


  Je haussai les épaules, et me détournai.


- Pas eu l'impression que c'en était un. On y va ?


  Sans piper mot, Elias me conduisit jusqu'à une camionnette blanche, à laquelle était rattachée une remorque. La vache, soit il se foutait complètement de m'avoir vu me faire sauter, ou alors il était vert de jalousie. 
Dans les deux cas, c'était marrant.
  Je grimpai à l'arrière, parmi des caisses de bière et des vieux cartons. Assis en tailleur, je sortis le flyer de ma poche, l'examinai distraitement. Je me rappelais m'être vaguement promis de ne plus courir les fêtes, cette année. Pas dans le but de devenir un ermite, mais parce que je savais parfaitement que la tentation s'y trouverait. A celle où m'avait traîné Elias l'autre soir, j'avais bien vu les p'tits cachetons circuler, et même si ce n'était pas du costaud... C'était une chose, de tenter le diable, et une autre, de le tirer par la queue. Fatalement, mon cerveau faisait le lien entre fête, et possible retour au centre. Et, invariablement, un frisson désagréable courait le long de mon échine.
  D'un autre côté... Je ne pouvais effectivement pas faire l'ermite, sans compter que je m'emmerdais tout spécialement à la maison. Je n'avais même pas accès à la télévision, il suffisait que je m'installe devant pour que quelqu'un me réexpédie dans ma chambre...
Mais, je me demandais si Elias allait venir, et si c'était le cas, ce qui se passerai avec Morgan et moi dans les parages. Vu que ce dernier ne m'avait visiblement pas invité pour accrocher des guirlandes. Et j'avais bien envie de tester...
  J'avais envie de calmer un peu Elias et ses manières de psychopathes...Même si à côté de lui, j'étais un petit joueur.
  Arrivés à la maison, j'ouvris le garage et regardai Elias et son pote, une espèce de viking baraqué, s'échiner à traîner la moto dans la remorque et à la sangler. Avec les pattes de moustique qui me tenaient lieu de bras, ce n'était même pas la peine que j'essaie de les aider.
Quand ce fut fait, Elias revint vers moi, s'apprêtant à me dire quelque chose, mais je vis son regard se fixer sur ma poche. Le temps que je comprenne que le flyer en dépassait, il s'était approché, et s'en était emparé. Il le lu, plissa un instant les yeux, me regarda.

- T'as envie d'être le numéro vingt-six bis ?


- Hein ?


  Sourire narquois. Ses doigts laissèrent le flyer s'échapper, virevolter avant de venir s'échouer sur le gravier.


- Morgan tient le compte des mecs qu'il se tape depuis la seconde. T'es le vingt-sixième, et le bis, c'est si tu remets ça, félicitations.


- Et toi, t'étais le premier, nan ?


  Ricanement.


- J'ai jamais touché cet obsédé.


  Je haussai un sourcil amusé.


- Dommage, tu sais pas ce que tu perds.


  Je me détournai et le plantai là. Même si ça faisait du bien à l'ego de temps en temps, je n'avais jamais trop apprécié les mecs jaloux.

  Invariablement, ça devenait problématique.


  Le lendemain, je réintégrai le lycée avec une humeur un peu moins maussade que d'habitude ; j'avais effectivement passé la journée d'hier à dormir, et à hanter la maison en grignotant, rien de glorieux mais ça m'avait fait un bien fou. Aussi, ne tins-je même pas compte des œillades assassines de Dimitri et d'Hugo, ce dernier claudiquant sur des béquilles. Les pois-chiche qui leur tenaient lieu de cervelle semblaient bel et bien estimer que j'avais quelque chose à voir avec la chute d'Hugo, mais j'étais tranquille, parce que leur capacité de déduction devait s'arrêter là.
  Morgan, lui, me décocha un tout autre genre d’œillade ; apparemment il était prêt à remettre ça. Ben voyons. Sans proprement le jeter, je l'ignorais, n'ayant jamais aimé me donner en spectacle dans une salle de classe. Par contre, lorsque je vis qu'Elias avait capté son petit jeu, et nous couvait du regard, je devins plus attentif. Rester à deviner s'il voulait juste emmerder Morgan, ou jouer avec moi.
  Le reste de l'heure se déroula donc avec un échange de regard entre nous trois, puisque je me piquais finalement au jeu. Morgan avait l'air de se marrer sous cape, mais Elias conservait un air glacial à tout épreuve, en chien de faïence. Quant à moi, je devais avoir un air sournois un brin pervers, puisque quelques filles commencèrent à me jeter des coups d’œil inquiets. C'est vrai que, finalement, c'était amusant...
  A la fin du cours, je traînai la patte exprès, pour tester leur réaction. Morgan m'attendit, mais Elias partit sans un regard en arrière. Tiens donc.
  Tranquillement, Morgan m'invita à m'en griller une devant le bahut durant la pause, et j'acceptais. Je n'étais quand même pas mécontent de pouvoir échanger avec quelqu'un d'autre ici, ça me permettait de varier un peu mon vocabulaire, qui était limité avec Elias vu que je finissais invariablement par le traiter de connard, ou peu s'en fallait. Et vu que les autres gentils petits bourges m'évitaient toujours comme la peste bubonique...
  Nos cigarettes en train de se consumer au bout de nos doigts, Morgan et moi échangeâmes quelques banalités, puis il orienta la discussion sur sa soirée. Je l'écoutais d'une oreille distraite, peu loquace quand j'avais la clope au bec. Alors que mon regard errait dans la rue, juste à côté de nous, je manquais soudain de m'étouffer en tirant une bouffée, m'attirant des regards curieux. Et sur le trottoir d'en face, Jessie me regardait, l'air aussi surpris que moi.
  Jessie, le tout premier type à m'avoir donné une seringue avec un grand "vas-y, ça va te plaire !" Jessie...
  Putain, mais qu'est-ce qu'il foutait là ?




A suivre...






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Provenance de l'image : ici.




2 commentaires:

  1. Je viens de relire tout depuis le début, et God, qu'es ce que c'était bien <3
    En tout cas j'ai hâte de lire la suite, autant pour la fête que pour Jessie!
    (et puis, promis, j'essaie de commenter un peu plus, vu que tu as l'air d'avoir envie de critiques pour t'aider à t'améliorer)

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  2. J'ai suivi avec attention le comportement d'Elias et, comme Ivy, je me demande bien ce qui lui passe par la tête.
    Je crois que j'ai besoin d'en lire un peu plus sur lui pour le comprendre.
    En bref, j'attends avec impatience la mise à jour !

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.