dimanche 17 novembre 2013

Quelques expériences.













  Sans que je ne sache trop comment, je me retrouvais à passer de plus en plus de temps avec Amaury, qui réussi l'exploit de me faire sortir de ma tanière sans y foutre le feu et ce dès la première semaine de vacances. Il me présenta rapidement à ses plus proches amis, et j'appris finalement qu'il existait des gens sains dans notre bahut, si on regardait ailleurs que dans notre classe ; des gens qui ne me considéraient pas automatiquement comme un pyromane, drogué, prostitué ou mec instable, au choix. Bon, l'un d'entre eux pensait que j'étais une fille jusqu'à ce qu'on nous présente, mais passons.
  Les vacances, de vraies vacances, passèrent vite, trop vite. Elles me firent un bien inimaginable ; je redécouvris le plaisir de discussions et de soirées simples, avec des gens sympas, chose qui ne m'était pas arrivée depuis... Putain, si longtemps.
En plus d'Amaury, il y avait Alexandra, dite Alex, une beauté blonde et froide digne de films à oscars, qui avait un humour sarcastique et des manières brusques qui me plaisaient, James, une sorte de gothique avec un humour noir des plus plaisants, Olivier, sportif bien gaulé - qui m'avait pris pour une nana, donc - et Michaël, ou plutôt Mike, un guitariste un peu à l'ouest. Je commençais à peine à les connaître, je ne pensais pas devenir très intime avec l'un d'entre eux, mais le courant passait plutôt bien. J'avais un peu oublié depuis le temps, comment on s'y prenait pour copiner avec les gens, et peut-être est-ce qu'ils le sentirent chacun à leur manière, parce qu'ils me laissèrent venir à eux sans me brusquer.   
  Visiblement Amaury leur avait déjà longuement parlé de moi, et je compris un peu plus tard qu'ils m'avaient accueilli en tant que "futur-mec-de-leur-pote", ce qui me sidéra un peu. Je crois qu'Amaury lui-même ne s'en doutait pas. Il ne se doutait de rien, d'ailleurs ; il se contentait de me tourner autour comme un jeune chien qui aurait reniflé un os, sans parvenir formellement à l'identifier. En clair, il me cherchait sans peut-être savoir qu'il espérait me trouver. Il me rappelait Jessie et moi, ou plutôt, moi avec Jessie ; c'est lui qui avait provoqué le déclic chez moi, qui m'avait fait comprendre que je préférais les mecs. Bon, après, c'était un peu différent, il était plus âgé, j'en étais tombé complètement amoureux, comme un con, et ça avait duré longtemps, très longtemps ; sans doute avait-il finit par coucher, une seule fois, avec moi, car je m'étais comporté comme une sale petite allumeuse en désespoir de cause. Et après, il m'avait jeté gentiment, mais jeté quand même en se rendant compte de sa connerie, et jugeant que c'était mieux d'arrêter tout de suite les faux espoirs. C'était d'ailleurs en grande partie cette histoire qui m'avait fait complètement perdre foi en l'amour, avec un grand A ou non, et profondément détester les contacts trop intimes, sentimentalement parlant, avec les gens. Aussi espérais-je sincèrement qu'Amaury ne ferait pas la même connerie que moi. Moi, j'étais du genre à n'être un bon partenaire qu'au lit, et pas ailleurs. Il ne fallait espérer de moi aucune pitié, aucune compassion, quand on m'avouait des sentiments ; parce que je ne pourrai rien, et ne ferai rien pour vous. Et parce que je ne me fatiguerai certainement pas à faire semblant, même ne serait-ce qu'un peu, d'éprouver le moindre sentiment. Je posais toujours ces conditions, non négociables, quand je m'attachais plus ou moins quelqu'un, ce qui restait assez rare ; et c'était à prendre ou à laisser.
  "Amour" ne faisait pas partie de mon vocabulaire, tout simplement, et j'avais depuis longtemps fait une croix sur l'idée de trouver quelqu'un susceptible de me l'enseigner.
Aussi concernant Amaury, je restais neutre ; je ne l'encourageais, ni ne le décourageais, et le laissais continuer son petit manège. Il m'avait l'air bien parti pour ne voir en moi que le partenaire idéal pour une première expérience, et ça me convenait parfaitement ; en général, c'était de bons moments sans garanties d'attaches gênantes par la suite, et j'avais l'impression de rendre service.


  Deux jours avant la fin des vacances, je reçus un minuscule colis ; avant que je n'eusse pu ne serait-ce que le regarder de plus près, mon oncle s'en empara, suspicieux, et l'ouvrit sans se gêner devant moi. Cet abruti devait penser que j'étais assez débile pour avoir replongé et me faire fournir directement par la poste ?
  Le colis contenait une petite boîte, et une lettre manuscrite. Mon oncle examina les deux, puis abandonna finalement le tout sur le comptoir de la cuisine avec un haussement d'épaules avant de s'éloigner. Je me jetais dessus ; le paquet venait de Grèce...
Le mot d'Elias, laconique, précisait que les "paires" qu'il avait régulièrement sous le nez, bien que parfaites et bronzées, n'égalaient pas ses préférées du moment. Traduction ; il préférait mes fesses à toutes celles qu'il pouvait dégoter dans ce foutu pays, il avait dû anticiper que mon oncle lirait mon courrier. Et il me recommandait d'être "bien sage" et qu'il avait "hâte de me faire profiter des expériences de ses vacances". Ben voyons. Gros con.
Le paquet contenait un coquillage, tellement parfait que je le cru d'abord faux, d'un beau rosé sablé sur la face extérieure, et nacré à l'intérieur. Il y avait un petit trou à sa base, dans lequel était enfilée une cordelette noire tressée. Circonspect, je l'examinais ; il me faisait un cadeau pour quelle raison, exactement ? Il espérait que je lui tombe dans les bras à son retour ? Ou c'était sincère ? Peu importe, je n'avais pas envie de me casser la tête avec ça. J'allais ranger le tout dans un tiroir de mon bureau, et passais rapidement à autre chose. J'étais dehors ce soir, une petite soirée sans prétention au bar avec les autres. Elias pouvait bien aller se faire foutre, vu qu'apparemment, il avait tout ce qu'il fallait pour ça là où il était.


Ce soir-là, je vis Amaury boire un peu plus que de coutume, c'est-à-dire plus qu'une moitié de verre, en fait. Ce n'était absolument pas son genre, les soirées arrosées, et finalement c'était appréciable d'avoir quelqu'un de lucide avec qui finir une fête où tous les autres roulaient sous la table. Je pensais qu'il se lâchait parce que c'était la fin des vacances ; en fait, je compris un peu après que c'était pour se donner du courage. Il était très, très loin d'être rond comme une queue de pelle, il avait simplement bu juste assez pour se défaire de ses inhibitions premières ; en gros, pour se donner un petit coup de pouce. A une heure assez tardive, alors que tout le monde d'apprêtait à rentrer, il m'invita à "finir la soirée" chez lui. Message reçu.
  Amaury n'habitait pas très loin, dans un petit quartier résidentiel plus que calme et tranquille. Ses parents étaient là, précisa-t-il, mais ils partaient à la campagne pour le week-end tôt dans la matinée et nous ne les verrions pas. J'acquiesçai sans répondre, et Amaury m'entraîna dans sa chambre sur la pointe des pieds. Seulement éclairée par la lueur de nos portables respectifs, j'y furetais quelques minutes, découvrant une pièce ordonnée mais pas vraiment de la même manière que celle d'Elias ; si la chambre de ce dernier dénotait la parfaite organisation d'un esprit acéré et stratégique, celle d'Amaury recelait un peu de bordel dans des petits coins, un peu de spontanéité qui faisait défaut chez Elias, lui qui avait l'air de jouer sa vie comme il jouerait au théâtre, de manière parfaitement maîtrisée et répétée à l'avance.
  Amaury s'était assis sur son lit, avait retiré son sweat, et me regardait faire, semblant quelque peu en conflit intérieur. Devinant sans peine ce qui se tramait dans sa tête, je pris mon temps pour lui laisser le sien, et finis par le rejoindre sur le lit en ôtant ma veste, mon écharpe et mes mitaines et m'étirant tranquillement, lui laissant l'initiative. Plus rapidement que je ne l'aurai cru il se rapprocha de moi, m'observa un court instant, avant de venir m'embrasser avec une franchise désarmante, prenant mon visage entre ses mains. Je me laissais faire, le laissais faire, le sentant encore un peu indécis et surtout très inquiet. Quand il me murmura qu'il avait peur de ne pas être "à la hauteur", je le basculai doucement sur le matelas, et m'affairai à le mettre en confiance, un truc que je réussissais assez bien de manière générale. Je le déshabillai sans me presser, attisai le désir, effaçant ses derniers doutes sur si j'étais consentant, ou pas intéressé. Je le laissais ensuite s'occuper de moi, me retirer mes vêtements avec curiosité mais avec un savoir-faire non feint. Il lui fallut néanmoins un certain temps d'adaptation, ça se voyait, lorsque je fus nu entre ses bras.   
  Lorsqu'il me prit, je fus amusé de le voir faire avec une infinie précaution, comme s'il avait peur de me blesser ou de se tromper quelque part. Les premiers instants furent hésitants, mais Amaury comprit assez vite que finalement, le sexe de son partenaire ne rendait pas un rapport physique aussi différent que ce qu'il avait sûrement pu imaginer, et il gagna rapidement en assurance. Je fus agréablement surpris de ne pas avoir à simuler le moins du monde - des types habitués aux filles à qui j'avais déjà servi "d'expérience" m'ayant fait le même effet qu'un pétard mouillé, c'était dire - puis de devoir carrément me retenir pour ne pas réveiller la maison. Bien sûr, ce n'était en rien comparable avec ce que me faisait Elias, qui aurait le pouvoir, lui, de me faire réveiller tout le quartier... Mais c'était tout de même assez intense, et je le lui fis savoir, à tel point que je décuplais ses ardeurs.
  Quelques instants plus tard, alors que j'étais tranquillement installé contre les coussins, une cigarette au bout des doigts - Amaury me regardait avec un tel émerveillement qu'il m'aurait sans doute donné le bon dieu, et tout le couvent, sans confession - je restais pensif, tandis qu'il me confiait avoir bien plus apprécié l'expérience que prévu. Sans trop savoir pourquoi, j'avais l'impression de tromper Elias, peut-être parce qu'il avait constitué l'ensemble de mes... Rapports humains ces derniers temps. Et je me surpris à sourire odieusement lorsque j'imaginais sa tête s'il nous voyait là, tout de suite, Amaury et moi, enlacés sur un lit qui ressemblait davantage à un champ de bataille. Je laissais Amaury me câliner, mon méchant petit sourire en coin refusant de quitter mes lèvres.
Elias allait peut-être enfin me foutre la paix ?



A suivre...


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Image by Blatera ~


1 commentaire:

  1. Pauvre Amaury...
    Y'a pas une règle qui dit qu'il faut prévenir ses amants, même d'un soir, qu'on a un taré psychopathe au trousse ?

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.