samedi 2 novembre 2013

Soumission ?






  Je ne sus jamais si j'avais fait un cauchemar, où je revivais une triste scène de mon passé, ou si c'était la faute à l'orage ; toujours est-il que je me réveillai avec un cri bref, le front humide, empêtré dans mes draps et en pleine panique. Cherchant à savoir où j'étais, car je ne reconnaissais rien, je me rejetai soudain contre le mur... Ou plutôt, le dossier derrière moi, alors qu'une silhouette sombre apparaissait tout près, un cri restant bloqué dans ma gorge. Après deux secondes de terreur pure, j'entendis :

- Putain.. Mais ça t'arrive jamais de dormir normalement, toi ?

  Je clignais des yeux, et tout me revint. 
  Elias.
  J'étais chez lui, dehors c'était la tempête.

- C'est... C'est toi qui m'a fait peur, abruti !

  J'entendis un petit cliquètement et l'instant d'après, la flamme vacillante d'un briquet venait illuminer le visage d'Elias qui me regardait, les sourcils froncés. Parce que je l'empêchais de pioncer ou parce qu'il me détaillait comme un cobaye intéressant, je ne savais pas trop.
  Il soupira, et alluma deux des quelques bougies que nous avions placées dans sa chambre, éclairant peu à peu la pièce. Dehors, le vent mugissait toujours, à m'en tirer des frissons.

- Encore rêvé de l'incendie ?

- Je... Je sais pas.

  Elias revint près de moi, passant une main dans ses cheveux blonds passablement ébouriffés. Je remarquais qu'il ne portait que ses sous-vêtements, et en détournai hâtivement le regard.

- T'as jamais pensé à consulter ?

  Je n'en étais pas certain, mais à ce moment, je devais ressembler à quelque chose comme une bête blessée acculée, recroquevillé sur la causeuse, serrant les draps contre moi, car il n'insista pas. Je le vis s'apprêter à retourner dans son lit, lorsque qu'un éclair plus violent que les autres déchira le ciel juste au-dessus de nos têtes en m'arrachant un violent frisson glacial. Il me considéra un instant, puis se pencha vers moi, m'ôtant les draps des mains.

- Viens.

- Quoi ?

- Lève tes fesses, discute pas.

  Comme je ne bougeais pas, méfiant, il m'attrapa brusquement par la taille, me tirant un couinement bref - je me serai baffé - et me transporta jusqu'à son lit, où il me déposa sans plus de cérémonie.

- J'étais très bien là-bas ! protestai-je, cherchant à me relever.

Ne semblant pas remarquer ma tentative de fuite, Elias se coucha à côté de moi, me bloquant contre sa bibliothèque.

- Bien sûr. Et je vais t'entendre couiner toute la nuit. J'ai rien contre les bruits nocturnes, Ivy chéri, si j'y participe, mais là je voudrais pioncer, donc tu te tais et tu dors. T'as peur de l'orage, c'est pas une honte et j'pense que tu dormira mieux s'il y a quelqu'un à côté de toi. En plus,je laisse les bougies allumées.

  Je me tortillai de façon à m'écarter de lui au maximum, protestant pour la forme. J'avais l'impression d'être traité comme un gosse, mais le pire, c'est qu'il avait raison. En cas de tempête de ce genre, si j'étais seul, j'étais mal. Au centre ça avait été à un tel point, qu'un infirmier de garde squattait régulièrement dans ma chambre durant la nuit pour m'empêcher de faire des crises de panique, ou de me sauver dans le couloir. Ou les deux.
  En grommelant, je me tassais sous la couette, m'arrogeant un des deux oreillers, et lui tournai ostensiblement le dos. Après un silence, j'entendis :

- Tu sais d'où ça vient, cette phobie des orages ?

J'attendis un peu avant de répondre, trouvant que décidément, je parlais un peu trop de moi, ce soir.

- Ma mère.

- Ah ?

Je soupirai, me retournai vers lui. Appuyé sur un coude, il m'observait ; et même à cet instant présent, je ne pouvais pas m'empêcher de le trouver attirant, ce qui m'énervait profondément et me donnait envie de gifler quelqu'un, lui ou moi.

- Quand j'étais gosse... Si je faisais une bêtise, ou un truc qui lui plaisait pas... Elle me hurlait pas dessus, elle me privait soit de bouffer - et vu ce que je t'ai déjà dit, tu imagine que c'était bien pire que le "privé de dessert" d'un gamin normal - ou elle m'enfermait dans le placard... Mais son truc préféré, pour les grosses bêtises, c'était le coup de l'orage. Elle pouvait attendre des mois qu'il y en ai un vraiment terrible. Et là, elle m'enfermait dehors, sur le petit balcon, et me laissait dessous en me disant que si le Bon Dieu estimait que j'avais vraiment été vilain, il enverrai un éclair me carboniser sur place. J'ai passé quelques nuits entières dehors, à penser que j'allais mourir à chaque fois que je voyais la foudre. Voilà.

Songeur, Elias finit par répondre :

- On choisit pas sa famille, hein ?

- Tu l'as dit, grognai-je, mal à l'aise après avoir évoqué cet autre petit secret.

  Il se rallongea.

- Ma question de consulter n'était pas si bête, tu sais.

- Je m'en tape.

- Okay, okay. Allez, bonne nuit.

- C'est ça.

  Il ferma les yeux, je l'imitai. Je dérivai peu à peu vers le sommeil, lorsqu'un énième et monstrueux coup de tonnerre retentit ; l'instant d'après, j'étais serré contre Elias, le cœur complètement affolé, mes yeux rivés sur le vasistas au-dessus de nos têtes.   
  Surprenant mon regard, il soupira.

- Tu fais chier... Le mécanisme pour fermer le volet depuis le sol est cassé, faut le faire à la main...

  Sur ce, il se mit debout sur son lit et d'un bond leste, s'agrippa d'une main au rebord qu'offrait le plafond sous l'ouverture, et bidouilla une petite manivelle de l'autre main, balançant doucement ses jambes - que je découvris plus musclées que je ne le pensais - dans le vide. Peu à peu, le volet recouvrit la petite fenêtre ; le bruit était toujours présent, mais au moins, je ne verrai plus les éclairs. 
  Elias se laissa ensuite retomber sur le lit avec souplesse, atterrissant à quatre pattes au-dessus de moi, comme un grand fauve.

- Alors, Ivy chéri... On le fait, ce dodo, maintenant ?

  Me mordillant doucement la lèvre, encore un brin anxieux - l'orage avait vraiment le don de me mettre les nerfs à vifs - je le regardai sans réagir, tendu, guettant le prochain roulement de tonnerre. Amusé, Elias se rapprocha peu à peu, son regard, de nouveau hypnotique, dardé sur moi. Lorsque je m'en rendis compte, je tentais une retraite maladroite, mais il me bloquait sous son poids.

- Profite pas !

- T'as besoin de te détendre, ça se voit... Roucoula-t-il.

Dans un brusque sursaut, je parvins à me dégager et lui sautai à la gorge, le déséquilibrant.

- Tu pense vraiment qu'à ça hein ?

- Bien sûr, me répondit-il avec une franchise désarmante, son éternel sourire goguenard aux lèvres. Mais toi, je suppose que mater mon boxer, mon cul, et mes jambes, c'est innocent.

A cheval sur cet abruti, la couette entre nous, ma main sur sa gorge, je le fixai, l’œil noir.

- T'es vraiment qu'un putain de...

Tranquillement, il se releva sur ses coudes, me défiant du regard.

- Allez, Ivy... On sait que t'as besoin de te défouler. Y'a personne pour regarder, même le chat est parti...

Il y eu une seconde de flottement, qui me sembla durer une éternité, puis je fondis sur lui en grondant. Il m'attrapa et me bascula sous lui, mais je cherchai à reprendre l'avantage en fulminant.

- Même pas en rêve, connard !

Me laissant faire avec un petit rire, ce serpent me susurra au creux de l'oreille :

- Prouves-moi que t'es bon cavalier, alors...

  Pour ce qui était d'incarner un étalon, Elias s'y prêtait à merveille, je devais l'avouer. Je perdis totalement mon sang-froid, et me laissais entraîner dans une chevauchée nocturne sans précédent, essayant de ne pas lui céder un pouce de terrain, le lacérant autant qu'il me mordait, le mordant autant qu'il me griffait. Je cherchais à déguiser mes gémissements sous des flopées de jurons, mais ni lui ni moi n'étions dupes ; et lorsqu'il finit par me coincer contre le sommier de son lit, ses yeux de fauves dardés sur moi alors que ses hanches m'imposaient un rythme diabolique, je rendis les armes et ne fut plus qu'une petite souris, de nouveau.
Il finit par m'abandonner, plus mort que vif, sur ses draps, le cerveau tournant à vide. Récupérant tranquillement son sous-vêtement, il me lança un regard amusé.

- Et demain, tu va me détester de nouveau, c'est ça ?

Je tournai la tête, le regardai.

- Qui te dit que j'ai arrêté de te détester ?

- Tu baise souvent avec les gens que tu déteste ?

- Faut croire que c'est régulier.

Il se pencha soudain vers moi, me déposant un baiser moqueur sur le front.

- J'officialise avec toi quand tu veux, Ivy chéri.

Toujours étendu, le souffle haché, je le fixais.


Hein ?






A suivre...





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Image by ShadowWkiro ~




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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.