dimanche 1 décembre 2013

Chassé-croisé.



















  Les jours qui suivirent, je me rendis compte que j'avais vraiment beaucoup à 
apprendre ; le fait que je n'avais jamais eu de relation amoureuse, au sens propre, était évident, et si j'avais espéré le cacher à Amaury, il apparu dès le lendemain que ce serait impossible...
  Pour commencer, lorsqu'il voulu me payer à déjeuner, je manquais de me mettre salement en rogne ; de toute ma vie, jamais on ne m'avait payé un truc sans arrière-pensée, sans exiger quelque chose de moi en retour, à moins que ce ne soit pour me récompenser - sous-entendre, pour la nuit. Le fait qu'il veuille me faire plaisir me laissa sans voix. 
  Ensuite, un matin en arrivant au lycée, Amaury surgit derrière moi et voulu m'enlacer tendrement ; je sursautais violemment et manquais de lui envoyer mon coude dans les côtes.   Lorsqu'il me regardait sans rien dire, amoureusement appris-je par la suite, je lui demandais avec anxiété si j'avais quelque chose sur la figure. Il mit plusieurs jours à me convaincre que me prendre la main était un geste tendre, et qu'il n'avait aucunement l'intention de m'empêcher de fuir. Dans la même veine, il me promit que me proposer de m'offrir une babiole, sur laquelle je louchais dans un magasin, c'était sérieux, et que non, il ne comptait pas me demander de coucher avec lui le soir même pour le remercier.
  J'apprenais toutes ces ficelles, tous ces comportements d'amoureux avec étonnement et incrédulité. Amaury, en plus, était du genre romantique, et ce que je pris tout d'abord pour des blagues étaient en fait de réelles marques d'attention de sa part. Aussi le regardais-je sans comprendre m'offrir une rose achetée à un vendeur à la sauvette, me demandant, embarrassé, si j'étais sensé lui en acheter une aussi - acheter, oui, ne saisissant pas la nuance première avec "offrir" - et qu'est-ce que j'allais bien faire avec. Amaury, bien qu'amusé, était tout aussi étonné que moi face à mes réactions, et il comprit donc bien vite qu'il était mon tout premier vrai "copain" (ce qui, j'en suis sûr, le flatta énormément.)
  Je devais donc apprendre à me laisser faire. Je n'étais pas fan des manifestations physiques en public, j'avais un peu de mal lorsqu'il me prenait le bras, la main, ou qu'il voulait m'embrasser ; j'avais toujours un petit geste de recul. Mais je devais admettre que c'était agréable, de sentir qu'on comptait pour quelqu'un. Que je dise que j'avais faim, ou soif, ou que je m'étais cassé un ongle, ou que j'étais triste, et il accourait, comme un chevalier servant et à chaque fois, j'étais étonné que ça marche. J'avais l'impression d'être un patient en phase terminale à qui on aurait confié une télécommande avec un redoutable bouton d'appel à infirmière, en fait. Et même si je ne voulais pas en abuser, j'adorais appuyer dessus pour voir ce que ça faisait.
  En tout cas, ma nouvelle "idylle" n'était pas passée inaperçue, çà et là ; régulièrement, j'avisais un Elias à la mâchoire contractée avec un crayon brutalement cassé en deux sur sa table, lorsque Amaury et moi - enfin, surtout Amaury - roucoulions en classe. Ou une Alex secouée par un fou-rire, particulièrement le jour où je manquais de saisir Amaury à la gorge en geste d'autodéfense alors qu'il tentait de m'embrasser par surprise - geste suicidaire de sa part. Elle disait qu'elle nous trouvait mignons ; à mon sens, un jeune homme qui tentait de vivre une histoire d'amour avec une sorte de bouledogue mal léché, ce n'était pas très mignon, mais passons. De plus, elle semblait éprouver la même satisfaction que moi à voir Elias rongé par la colère, ce qui m'amenait parfois à me demander s'il n'y avait pas eu quelque chose entre eux par le passé...
  Mais j'aimais bien Alex aussi, et c'était l'une des rares filles que je trouvais réellement jolie - pas parce que j'étais méprisant ou misogyne, mais parce que la plupart du temps, je ne m'intéressait pas à elles de cette façon-là. Un peu comme les hommes qui prétendent ne pas pouvoir évaluer la beauté masculine parce qu'ils sont farouchement hétéros.
  C'est pour cela que la veille de la fameuse fête d'Halloween, j'avais laissé Alexandra m'entraîner chez elle et jouer avec moi. Elle m'avait demandé si je voulais ressembler à une petite chose mignonne qui m'assurerait d'être câliné par mon copain toute la soirée, ou si je préférais lui donner envie de me plaquer sauvagement contre un mur.
  Evidemment, j'avais choisi la deuxième option.
Aussi, je me laissais faire ; et je compris que cette fille était une sale vicieuse une fois qu'elle m'eut transformé en... Une infirmière. Pas avec la blouse verte et les gants qui puent le désinfectant ; non, l'infirmière qui habite dans les pages de Playboy, en mini-robe blanche, avec un porte-jarretelle et des bas résilles assortis. J'étais maquillé, et j'avais même une mini-seringue en plastique à ma ceinture. Et des talons. 
  J'avais jamais été aussi chienne de ma vie.
  Mais Alex me surpassa - en fait, elle m'avait proposé le costume, mais j'avais eu un mouvement de recul - en se transformant en une version tout sauf enfantine de Blanche-Neige, à ceci près qu'elle avait voulu rester blonde. Des yeux noir et des lèvres rouges sang, la tenue de la princesse revisité en un décolleté plongeant et une jupe plus que courte, et bien sûr ses inaltérables talons aiguilles rouge ; c'était magnifique, mais certainement pas approuvé par Disney.
  Et elle me traîna ensuite à la soirée... A pied, vu qu'elle habitait à dix minutes. D'ordinaire, j'aimais bien me balader la nuit mais là, en talons et dans cet accoutrement, c'était un peu délicat. Je ne me faisais aucun soucis pour notre sécurité paradoxalement, peut-être parce qu'Alex trimbalait une énorme brique "anti-agression" dans son sac à main, et qu'elle visait redoutablement bien.
  Une fois chez Olivier, juste avant de rentrer, j'admets avoir eu un frisson de panique en avisant Elias, au loin ; je pensais qu'il ne serait pas invité, mais étant donné qu'il y avait presque tous les terminales toutes classes confondues, c'était stupide. Je failli faire demi-tour, mais Alex me jeta dans la foule en me susurrant un "t'es magnifique, profites-en" avant de disparaître. Comme je n'avais pas opté pour le costume de lapin effrayé, je pris mon air de... Salope numéro un, et parti faire la fête. Je crois que mon naturel avait tendance à resurgir, de temps en temps, de façon un peu bipolaire.
  J'eus un succès monstrueux, même si je soupçonnais une bonne partie des mecs que je ne connaissais pas de me prendre pour une fille peu gâtée au niveau de la poitrine. Mais qu'importe, c'était drôle finalement. Sauf le passage où je croisais Elias, sublime en centurion romain dans une armure étincelante, cape cramoisie comprise, et glaive au côté ; le regard qu'il me lança me déchira en deux, me donnant à la fois envie de partir en courant, ou de me jeter sur lui - heureusement, cette envie-là ne dura qu'une seconde.
  Je retrouvais ensuite Amaury, transformé en vampire à la Bela Lugosi, et équipé de verres de contact pour l'occasion - là encore, une furieuse envie concernant lui, moi, un mur me traversa l'esprit, je devais être en ver.. ve ce soir.
  Comme l'avait prédit Alexandra - bon, à ce compte-là, j'aurai tout aussi bien pu faire la prédiction moi-même - il me dévora du regard de la même manière qu'un affamé attablé devant un banquet mais gentleman jusqu'au bout, il se garda bien de se jeter sur moi. Là encore je fus un peu étonné, n'y étant pas habitué, mais c'était tout à son honneur.
  Je le laissais m'inviter à danser, et je fis honneur à mon costume en me trémoussant avec langueur. Je préférais faire l'andouille plutôt que de trop boire comme la dernière fois, et finir avec une pilule dans le verre, ou pire. Et puis je dansais avec Alex, qui se colla à moi, mais qui manqua de castrer un type bourré avec l'un de ses talons lorsqu'il nous fit par de son "fantasme avec des lesbiennes", charmant. Je passais toute la fête avec un étrange sentiment ; je m'amusais, mais je sentais toujours planer sur moi, dès que j'y prêtais attention, le regard sombre d'Elias, qu'il soit bien réel ou que je me l'imagine. Lui aussi avait l'air de profiter de la fête, mais nos regards finissaient invariablement par se croiser, et le sien apparaissait glacial ou je le surprenais à me surveiller de loin, et je crois qu'Alex l'avait remarqué aussi. Mais à part entrer dans son jeu et lui hurler de me foutre la paix, ce dont il aurait profité pour le tourner à son avantage j'en étais certain, je ne savais pas quoi faire. J'essayais donc de l'ignorer au mieux, et laissais finalement un Amaury un brin éméché m'entraîner à l'étage, dans la petite bibliothèque. Assis sur le bureau, je l'écoutais avec amusement me bredouiller des compliments mâtinés de pseudos-déclarations enflammées, me demandant s'il allait finir par me câliner puis s'endormir sur la moquette au vu de son état, plus alcoolisé que je ne l'aurais cru. Mais il me surprit en allant aventurer une main sous ma robe, l'alcool lui donnait manifestement plus de courage qu'en temps normal ; après tout, à part la seule et unique nuit que nous avions passé ensemble il n'y avait rien eu d'autre, même s'il avait quelquefois eu l'occasion de me sauter dessus. Je me retrouvais bientôt avec Amaury entre les cuisses, toujours avec sa main sous ma robe, à gémir doucement sous son doigté manifeste ; le tableau devait être plus qu'intéressant, au vu de ma position et de nos costumes respectifs... Il me fit jouir avec une fierté manifeste, puis m'embrassa et me câlina quelques instants avant que son teint ne devienne délicatement verdâtre, et qu'il ne m'abandonne en s'excusant que "la tequila était de retour". Je rigolai, rajustai ma robe et mes dessous, et sortis de la bibliothèque avec un vilain petit sourire en coin. Je traversai le couloir, évitant de marcher sur deux ou trois mecs complètement ronds, heurtant quelqu'un dans mon effort. Je marmonnai un vague "pardon", et continuai ma route, avant d'être stoppé net :

- Tiens ? Tu me parles, maintenant ?

  Je me retournais ; c'était Elias, appuyé contre le mur avec un verre à la main, que j'avais bousculé par inadvertance.

- Désolé d'avoir été poli.

- Poli ? Et un "merci", c'est poli aussi, nan ?

  Je plissais les yeux, avant de comprendre.

- Je t'ai pas demandé de m'envoyer ce colis.

- Et tu t'es pas demandé pourquoi ?

- Nan. Je m'en fiche.

  Il me regarda fixement, avant d'échapper un soupir désabusé, sa longue cape ondulant au gré de ses mouvements. Et puis, il se tourna vers les toilettes, tout au fond du couloir, où Amaury s'était manifestement retranché.

- Sérieusement. Pourquoi lui ?

  Je le jaugeai un instant, et haussai les épaules, ne désirant pas entrer dans les détails.

- Il est gentil.

Cette fois, Elias s'esclaffa franchement.

- Gentil ? C'est quoi, un pari que t'as perdu ? Mais t'es pas fait pour les gentils, Ivy chéri. Tu n'es pas un gentil non plus. Tu le sais, qu'il te faut un caractère au moins aussi pourri que le tien.

 Je fronçai, reculai d'un pas.

- Lâche l'affaire, okay ? C'est pas tes oignons. Sérieusement, arrête de me chercher, arrête de penser à moi.

  Il s'approcha de moi, et je notai que sa démarche n'était pas très sobre, elle non plus.

- Penser à toi ? Parce qu'en plus tu te prends pour le nombril du monde, maintenant.

- Je préfère être un nombril qu'un trou du cul.

  Il s'arrêta à quelques centimètres de moi, et je crus qu'il allait me frapper.

- Un trou du cul ? il ricana. Mon petit chou, je ne suis pas papa gâteau avec toi, mais j'suis honnête, je fais pas semblant. Mais toi, toi... Toi t'es une pute. Eh oui. T'es une pute avec ce paaaauvre Amaury. Non non me regarde pas comme ça. Ce que tu lui fais, là... C'est aussi dégueulasse que tout ce que j'ai pu te faire, avoue. Tu te fous de sa gueule. Tu le laisse croire que t'es vraiment son mec.

  Il me toisa, souriant.

- Tu me dis que je suis un connard ? Mais regarde-toi mon chaton.

  Il me tapota la hanche.

- T'as même le costume qui va avec, c'est chouette.

  Je le repoussai, énervé, et je crus que c'est moi, qui allais le frapper, mais il me bloqua contre le mur avec une facilité déconcertante, le regard étrangement lucide malgré son degré d'ébriété.

- Laisse les gentils où ils sont. Et sois... Sois toi-même avec un type aussi détestable que toi.

Il m'embrassa sans prévenir, avec violence, m'entaillant même la lèvre alors que je tentai de le repousser. Puis il m'adressa un regard étincelant, qui me fit frissonner, sans que je sache trop de quoi.

- Un type comme moi.






A suivre...






[Un petit commentaire fait toujours plaisir !]




7 commentaires:

  1. Aller je me lance dans le commentaire ! Je suis les déboires de ces messieurs depuis déjà pas mal de temps maintenant ~ Et je suis toujours aussi impatiente dans l'attente des suites ! J'adore te lire, j'ai tellement l'impression que c'est réel que je pourrais presque croire qu'en me retournant je pourrais croiser Ivy ! Tu écris merveilleusement bien !
    J'ai maintenant très hâte de lire la suite puisque je retiens mon souffle pour mon chouchou >< -déduis-en que c'est Elias XD-
    Amaya

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    1. Merci beaucoup,ça me fait bien plaisir ^^
      J'essaie de faire quelque chose d'assez réaliste effectivement,et j'avoue passer beaucoup de temps à penser à mes personnages (j'aimerai bien qu'Ivy soit un pote dans la vraie vie :D
      Ton chouchou va morfler par contre,je pense >D

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  2. Oh. My. God. Je ne sais pas pourquoi mais vu comment Elias se comporte (cad qu'il laisse ses sentiments apparaitre) on approche de la fin non ? J'aime bien Amaury, c'est un gentil garçon et Alex est juste parfaite ! C'est le genre de fille completement a l'opposé de ces filles cruches et j'adore ça ! Parcontre j'ai peur pour la suite ça risque de devenir... Mortel !

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    1. Oh nooooon,on est même pas au milieu ! J'ai encore plein d'idées,et je ne suis pas prête d'arrêter ce blog ^^
      Après,Elias est un peu soûl,donc ceci explique cela...
      Merci pour Alex ^^ j'ai aussi un coup de coeur pour ce perso qui devait rester très secondaire,j'ai bien envie de l'incarner elle aussi en BJD,du coup...

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  3. Pour une fois, je vais laisser un petit commentaire, alors !
    Moi qui adore Ivy, il me déçois beaucoup... C'quoi ce comportement ? Pauvre Amaury, j'ai mal pour lui. J'attend avec impatience la suite, et qu'Ivy se reprenne un peu, non mais ho.

    Liloo

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    1. C'est gentil,merci ^^
      Ah,comme le dit si judicieusement Elias,Ivy n'est pas un gentil ^^ Bon,concernant Amaury il ne pense pas à mal,et entre nous,ce n'est pas la pire de ses conneries...

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  4. Je trouve formidable qu'Alex ait même une paire d'escarpins à la taille d'Ivy dans son dressing, ça c'est une demoiselle prévoyante ! Je suis curieuse sur ce qui a pu se passer entre elle et Elias, je l'aime bien.

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.