dimanche 23 février 2014

Les ennuis (re)commencent.




  En prenant soin de tirer le bas de mon t-shirt informe sur mes cuisses, je m'assis face à l'indésirable - enfin, pas dans le sens physique malheureusement - visiteur. Tout compte fait, j'aurai dû investir dans un pyjama fade de pantouflard, plutôt que dans une chemise...

- Elias, soupirais-je. T'es venu chercher un marron ?

- Plutôt fourrer la dinde, gloussa-t-il en se laissant tomber sur la moquette, ignorant mon majeur levé.

  Faisant un tour rapide de ma chambre, mains dans les poches, son pompon clignotant dans son sillage, il me dit :

- T'as passé Noël chez Alexandra, il paraît ?

- Tu m'espionnes maintenant ?

- Non. Mais elle a posté des photos sur les réseaux sociaux.

  Je haussai les épaules. Je me tenais au maximum écarté de ce genre de trucs, étant donné que je n'étais absolument pas fan des contacts virtuels. Trop d'hypocrisie.

- Fantastique. Et tu viens me voir pour me demander comment était la bûche ?

  Se plantant devant moi, il me regarda, tout sourire. Remarque, même avec le regard le plus vicieux au monde, son bonnet lui faisait perdre toute crédibilité.

- Je suis venu pour ton cadeau de Noël, ronronna-t-il.

- Quoi ?

  Méfiant,je le regardai. Je m'attendais presque à ce qu'il sorte de sa besace quelque chose qui ne me plairai sans doute pas...
Comme une paire de menottes, par exemple.

- Flippe pas. Tu vas aimer.

  Je ne répondis rien, et attendis de voir. Je le regardai donc extirper de son sac une petite boîte en cuir, noire et carrée. La réplique exacte d'un écrin à bague, en fait.
  Je le fixai avec des yeux ronds. Il me tendit la boîte :

- Joyeux Noël.

Sans esquisser un geste pour m'en emparer, je dis :

- C'est une blague ?

- Tu veux dire, une bague ?

- Arrête de déconner ! Tu m'fais un délire Disney, là, ou quoi ? 

  Elias haussa un sourcil amusé.

- Tu n'es même pas suffisamment habillé pour la version souillon de Cendrillon.

  Il m'agita la boîte sous le nez.

- Bon, tu l'ouvres, ou tu as besoin d'un carton d'invitation ?

  Toujours aussi suspicieux, j'ouvris l'écrin avec précaution - des fois que ça me jaillirai à la figure...
  Mais, niché dans le satin, je découvris quelque chose à laquelle je ne m'attendais pas ; il s'agissait bien d'un bijou, mais c'était un piercing, pour le nombril plus exactement. C'était une magnifique petite couronne fermée argentée, la base sertie de minuscules petites pierres multicolores imitant des joyaux. J'avais louché dessus un nombre incalculable de fois devant la vitrine de la boutique, sur le chemin du lycée. Elias avait donc dû me suivre en douce, ou pas loin, quelques fois... Mais je n'allais certainement pas le lui faire remarquer maintenant.
L'intention me toucha : la salamandre argentée que je portais actuellement avait une patte cassée, ce qui la rendait coupante en plus d'accrocher tous mes vêtements, depuis notre... Nuit au chalet. Il faut dire que, s'il y avait eu un spectateur durant nos ébats, il aurait pu soupçonner Elias, à un moment donné, de tenter de nettoyer le dallage avec mon corps, donc...
  Alternativement, je regardai le bijou et le regardai lui. Il ne bougeait pas, attendant le verdict, ses mains de retour dans ses poches, l'air parfaitement serein.

- Elle est... Elle est très belle.

- Elle te plaît ?

  Je hochai vigoureusement la tête, incapable d'en dire davantage. J'avais plus été gâté pour Noël, cette année, que durant toute ma vie, avec des cadeaux personnels qui m'avaient vraiment touché. Cela commençait à être un peu trop pour moi, mine de rien.

- Je peux te le mettre ?

  Un coup d’œil rapide à Elias ; je ne sentais pas la vacherie venir, il avait l'air vraiment sincère. Après tout, je l'avais surpris plusieurs fois en pleine contemplation de mes tatouages, de mes piercings, peut-être que ça le tentait un peu. Ou tout du moins, qu'il appréciait.
  J'hésitai un peu puis finalement me levai et lui rendis l'écrin, soulevai un bout de mon t-shirt que je coinçais entre mes dents, et entrepris d'ôter ma salamandre. Elias me regarda faire avec attention, puis s'agenouilla religieusement afin d'être à la hauteur de mon nombril. Et pour le coup, je rougis violemment ; heureusement, tout occupé à sa tâche, il ne le vit pas.
  Avec une minutie d'orfèvre, il installa le bijou - précisant à mi-voix qu'il l'avait nettoyé après l'avoir acheté. L'air ensuite très satisfait, il se releva, après avoir posé un baiser fugace sur la trace violacée, en train de s'estomper, de l'un de mes bleus récoltés au chalet.
  Je me tortillai un peu, me dévissant le cou pour lorgner le bijou avec un plaisir évident, avant de reporter mon attention sur lui. Enfin, j'osai :

- Merci... Merci beaucoup. 

  Elias me fit un clin d’œil, avant d'extirper de sa besace, avec le même air impérial que Mary Poppins, une branche de gui :

- Si je l'accroche à ton plafond, même un peu en avance...?

- Nan.

  Il rit, et jeta un coup d’œil à sa montre. Je lui demandais :

- Tu n'étais pas en famille, aujourd'hui ? Pour venir là...

- Oh, si. La maison est pleine comme une pute. Mais, à cette heure-ci, il y en a beaucoup de bourrés, ou pas loin, en train de chanter des chansons de corps de garde, donc... J'ai pu filer. Mais il faut que je revienne sous peu, mon oncle préféré va sûrement me chercher dans toute la maison, sinon. L'an dernier, il était tellement soûl qu'il a même creusé dans le jardin. Bref.

  L'air serein d'Elias fit soudainement place à un air plus familier : concentré, calculateur. Se rapprochant de moi, il fit :

- Mais avant, j'ai quelque chose à te dire.

  Je ne cillai pas, attendant la suite, lorgnant son sac. 
  De nouveau l'idée des menottes.

- Je te veux pour moi tout seul.

  Sur le coup, je failli tomber sur le lit, comme après avoir reçu un coup de poing à l'estomac.

- Pardon ?

- Excuses acceptées, répliqua-t-il avec un sourire en coin.

  Ne relevant même pas la plaisanterie, je le fixai ; seul je ne sais quel miracle empêchait ma mâchoire de se décrocher.
  Outre le fait que ce genre de... Déclaration avait naturellement toutes les chances de me faire bondir au plafond, le coup de massue n'en était que plus violent si c'était de la part d'Elias.
  Surtout que je n'y étais absolument préparé.
  Même si je m'étais plus ou moins douté que cela pouvait arriver.
  Me voyant plongé dans un mutisme méfiant, Elias recula vers mon bureau, le regard amusé.

- T'as trois jours pour me donner ta réponse... Pas un de plus.

  Il se retourna, et, prestement, glissa mon agenda dans sa besace.

- Qu'est-ce que tu fous ?!

Se perchant sur ma fenêtre, il roucoula :

- Je sais que t'as encore rien foutu pour la reprise, malgré la tonne de devoirs qu'on a, ET que tu garde tes billets là-dedans. Si tu veux le récupérer, tu viendra le chercher... Et me donner ta réponse.

Je me ruai vers lui, essayant de le retenir, mais il sauta sur le petit toit en contrebas dès qu'il me vit bouger.

- Trois jours, Ariel, trois jours... Sinon, tes vacances tomberont... A l'eau.


Enfoiré !



A suivre...









[Un petit commentaire est toujours utile !]







2 commentaires:

  1. Kyaaaaaah >///< ! C'est affreusement trop cute! (En majorité, en tout cas, un peu sadique aussi mais bon, Elias fidèle à lui-même~)
    Oh Ivy dis oui, piteuplé! :3
    Merci Ladicius pour cette suite, c'est toujours aussi délicieux!

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  2. Oh c'est mignon !

    Mais parcontre je n'ai pas compris l'histoire avec les billets...

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.