dimanche 23 mars 2014

Et surtout,bonne année.











  Un troupeau de bisons furieux en pleine course me tira du sommeil.
  Ah tiens, non ; il s'agissait tout bonnement du sang qui battait à mes oreilles, le bruit ravageant mon pauvre crâne.
  En grognant, je relevai la tête, les yeux transpercés par la lumière crue qui se déversait par les fenêtres. J'avais l'impression d'avoir été cassé en milliers de petits morceaux, qu'un ivrogne manchot sévèrement atteint de la maladie de Parkinson aurait tenté de réassembler.
  En bref, j'avais du mal.
  Je gigotai en grimaçant, me tirant de l'étreinte d'Elias, qui dormait toujours à poings fermés, l'air extrêmement concentré. Je m'extirpai difficilement de mon sac de couchage, tirai le vieux sweat qui avait fait office de pyjama sur mes cuisses.
  Ensuite, je tâchai de mesurer les dégâts ; à vrai dire, je me sentais comme un survivant de l'apocalypse. Des corps de dormeurs jonchaient le sol, certains, comme Elias et moi, confortablement installé dans le foin remisé au fond de la grange, d'autres endormis là où ils s'étaient écroulés pour cuver leur vin. La grange était dans une pagaille monstrueuse, et des objets insolites traînaient un peu partout - tiens, même un mouton dans un coin, occupé à mâchonner de la paille.
  Avec un sens de l'équilibre assez précaire, je louvoyai entre les fêtards endormis, et sorti dehors. Sur l'herbe, d'autres fêtards plus ou moins réveillés, emmitouflés dans des plaids et des couvertures, étaient installés autour d'un feu de camp, non loin des tentes qui abritaient d'autres dormeurs, comme des champignons multicolores plantés de guingois.
  Je retrouvai un Morgan arborant une vrai tête de zombie grand consommateur de crack, les cheveux tellement en pétard qu'on aurait pu les croire fixés au gel. Je remarquai également des traces de rouge à lèvre sur sa joue, son cou, son épaule, débraillé comme il l'était.  Je saluai les autres, et m'installai près de lui en bâillant.

- Sympa, ta déco, lui fis-je en désignant les marques.

- J'en ai paaaartout sur le corps, ronronna-t-il, avant de plonger le nez dans un bol de café.

- Waaaaah. Qui est la petite veinarde ?

- Euh... Non, c'est Mike en fait, on l'a travesti hier soir.

- Ha. Et où est Alex ?

- Ici, pépia mon amie en sortant de l'une des tentes.

Avec grâce, elle s'étira voluptueusement, ramena sa crinière dorée en arrière pour l'attacher en un chignon confectionné à la hâte, avant de nous rejoindre, radieuse.

- Alex... T'étais passée où, vers la fin ?

S'emparant d'une tasse de café, elle haussa les épaules :

- Je ne me souviens plus trop, en fait. Il faudrait que je demande aux cinq autres filles dans la tente.

Et sur ces bonnes paroles, elle me fit un joli sourire.

- Alors, t'as passé une bonne soirée ?

- Je crois, même si j'ai... Un peu de mal à me rappeler de tout, moi aussi.

- Ce n'est pas grave, il y a des copains qui ont filmé presque toute la soirée pour s'amuser, ça te remettra les idées en place.

- Parce que... J'ai fait des conneries ?

- T'es mignon. Tu vois, le poney, là-bas dans le champ ? T'es monté dessus.

- Sérieusement ?

- Oui, et tu as tenté de charger en hurlant "Montjoie" ! Elias s'est cassé la gueule du haut de la barrière, tellement il riait. Oh, et je crois que tu as enterré des lampions, aussi. Tu as prétendu que ça portait bonheur, ou je ne sais plus quoi.

  Honteux, je respirai un bon coup. Il ne m'avait pourtant pas semblé boire autant que ça, pourtant.

- C'est... Intéressant. Et Elias, il a fait quelque chose...?

- Un concours de shots avec Mathieu. Qu'il a gagné. C'était en début de matinée, ça. Après, il a déterré des chardons pour te les offrir, vu qu'il n'a pas trouvé de fleurs, mais tu dormais déjà.

Alexandra gloussa.

- Même bourré, il est romantique.

- ... Je vois.

  Sur ce, je vis Elias sortir de la grange, seulement vêtu d'un pantalon et l'air passablement éteint. A la main, il tenait une espèce d'amphore, qu'il brandit bien haut :

- C'était mon oreiller, je ne sais pas ce que ça foutait là. C'est à qui ?

  Une tête sorti d'une tente.

- Les mecs, on a retrouvé le rhum !

- WOU-HOUUUU !

Elias abandonna son trophée, et vint s'installer entre Alex et moi, tout sourire, après un coup d'oeil à Morgan :

- Putain, t'es couvert de rouge à lèvre, t'as servi de cracker à une bande de gloutonnes, ou quoi ?

- Héhéhéhéhé, ânonna Morgan avant de se laisser retomber sur l'herbe, manifestement encore un peu rond.

  Elias rit, et se colla à moi, une lueur amusée dans l'oeil.

- Alors, mon joli chevalier, tu as bien dormi ?

- ... Le poney, hein ?

- Oui. Et moi, ensuite.

- Hein ?!

- Je rigole, détends-toi.

  Pas mécontent de l'avoir à côté de moi, et aussi parce qu'il faisait un peu froid, je me collai à lui comme un bébé pingouin, les genoux ramenés contre mon menton. Mike, plus loin, encore vêtu d'une splendide robe courte rose qui avantageait beaucoup sa musculature de nageur confirmé, avait sortit sa guitare et jouait quelques accords, me berçant par la même occasion.
  Elias me vola un baiser. J'étais bien.


  Elias me ramena chez moi dans la journée. On aurait tous voulu la prolonger un peu plus longtemps, ladite journée, mais on était tous tellement à côté de nos pompes - certains au sens littéral - que personne n'en avait la force. Sauf Alexandra, mystérieusement, qui réussissait toujours à rester fraîche comme la rosée du matin.
  Aussi pour une fois, Elias ne s'attarda pas, manifestement pressé de retrouver son lit lui aussi. Je l'aurai bien invité dans le mien pour finir la nuit, mais j'avais peur que ça ne lui donne d'autres idées, finalement.
  A la place, j'eus droit à deux longs baisers, empreints d'une sorte de douceur que j'avais rarement - voir jamais - éprouvée en sa présence. Et ça me chamboulait un peu, mais... J'aimais bien.
  J'avais l'impression de nager dans un délire surréaliste, mais j'étais bien.
  Aussi rentrai-je chez moi le sourire aux lèvres, pas même altéré par l'idée de retrouver ma "famille". Enfin, il disparut relativement vite lorsque je vis que mon oncle m'attendait manifestement, presque en tapant du pied.
  Méfiant, je m'immobilisai à l'entrée du salon, attendant l'orage. J'avais pourtant eu la "permission" de découcher - vu qu'eux aussi découchaient, ça leur rendait service - et, même si je devais avoir l'air crevé, j'avais veillé à me changer et à m'arranger un peu avant de rentrer. Je ne comprenais pas pourquoi mon oncle avait l'air si remonté.

- C'était qui, ce garçon ? attaqua-t-il sans détour.

  Ah, ça y est, je comprenais.

- Un mec de ma classe qui me ramenait. Y'a pas de bus aujourd'hui.

- Tu roule des pelles aux mecs qui te ramènent ? lança Alexandre en surgissant de la cuisine avec un paquet de chocolats, goguenard.

  Je soupirais. Tout s'expliquait.

- ...On ne peut pas tous se toucher devant les filles des magazines, hein Alex ?

- Tais-toi, fit sèchement mon oncle.

  Il darda sur moi des prunelles flamboyantes de colère... Et de dégoût.

- Ta mère... Ta mère pensait que ça te passerait. Que tu faisais ça pour te rendre intéressant.

- Ma mère était stupide.

- Ne parle. Pas. De ma soeur de cette façon, répondit-il d'une voix hachée, signe que sa colère était beaucoup plus importante que prévu.

  Prudent, je ne répliquai rien, attendant la suite.

- Il est HORS DE QUESTION que je tolère... ça... Sous mon toit, éructa mon oncle. J'ai accepté à contrecoeur de m'occuper d'un... Petit délinquant drogué et anorexique... Je ne supporterais pas une tare de plus.

  D'un coup, je vis rouge. Je m'approchais lentement, avec une voix doucereuse.

- Une tare ? Mais qui est le taré, ici ? Moi, le petit pédé, ou le type qui laisserait crever dehors son unique neveu s'il le pouvait, juste parce que sa conne de sœur ne pouvait pas blairer son propre enfant ?!

- NE PARLE PAS DE TA MÈRE SUR CE TON !

- MA MÈRE ÉTAIT UNE PAUVRE CONNE ! Quand on déteste les enfants, on se débrouille pour ne pas en avoir ! Tu crois quoi, que j'ai demandé à naître dans une famille de demeurés égoïstes et homophobes ?!

  Je vis mon oncle lever la main, prêt à me frapper, tandis qu'Alexandre reculait prudemment. J'esquivai en courant vers les escaliers, mon sac à la main, prêt à le remplir davantage pour déguerpir.

- Je me casse. JE ME CASSE !!

  Sitôt dans ma chambre, je bloquai la porte avec ma table de chevet, et dégainai mon portable en tremblant de fureur.
  Fatigué ou pas, on dirait bien qu'Elias avait gagné le droit de me ramener chez lui.



A suivre...








[Un petit commentaire est toujours utile !]







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Picture by Notokhelena ~



1 commentaire:

  1. Ça fait longtemps que j'ai pas laissé une petit commentaire ! Sache que chaque dimanche la première chose que je fais est de lire cette merveilleuse histoire ... Comme une série, j'attends chaque chapitre de pieds fermes.

    Sinon, j'ai vraiment adoré l'épisode de la ferme ! Et le réveil m'a particulierment fait rire ! Et puis j'aime la douceur d'Elias, on pourrait presque croire qu'il toujours gentil et aimant *humhum*.
    La fin du chapitre m'a muse dans une rage folle. Ça a beau n'être qu'une fiction, mais les remarques de l'oncle m'ont tout simplement mis hors de moi ! Rahhh ça m'énerve les gens comme ça ! Sinon j'ai hâte de voir comment l'histoire va tourner après ce chapitre !
    J'attends avec impatience la semaine prochaine :)

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.