dimanche 20 juillet 2014

Je te punirai.















- Et alors, comment est-ce que ça s'est terminé ? me demanda Alexandra tandis que nous écumions les rayonnages d'une boutique de cosmétiques.

- Alors, je lui ai dit que j'allais réfléchir à la condition que je lui imposerai, marmonnai-je en traînant les pieds derrière elle. J'étais à poil sur lui, qui était aussi à poil, tu pense bien qu'il a fait en sorte de me distraire. Ce type est la réincarnation de Machiavel, c'est pas possible.

- Il est surtout content d'avoir trouvé quelqu'un de presque aussi endurant que lui, répondit distraitement Alex en examinant des flacons de parfum.

- ... Il te raconte pas les détails, hein ?

- J'ai une imagination assez tordue pour me les représenter toute seule, t'en fais pas.

  Gêné, je piquais un fard, détournant un instant la tête. Lorsque je reportai mon attention sur elle, ma meilleure amie était manifestement en pleine hésitation entre deux flacons.

- Tu va enfin me dire ce qu'on fait ici ?

- On monte le plan anti-Lukas, bien sûr. D'après Alina, notre cible est allergique aux agrumes. Je te laisse imaginer l'étendue de notre champ d'action.

- Tu ne va pas...

  Alexandra me fit un sourire angélique, tout en me montrant son choix ; un parfum très fruité, ô comme par hasard bourré d'extraits d'agrumes.

- Si Lukas se montre trop collant, tu aura juste à en vaporiser sur les affaires à Elias, c'est pas parfait ça ? Tout en finesse. Tu peux même te parfumer avec, si tu ne veux pas qu'il t'approche, ou parfumer Elias lui-même si tu y arrive. Voir t'en servir comme spray défensif. On va quand même acheter de vrais fruits au cas où le parfum serait trop dilué.

- On va pas l'envoyer à l'hôpital, quand même !

- Bien sûr que non. Ce n'est pas une allergie mortelle, mais ça lui file des éruptions cutanées absolument immondes d'après Alina. C'est par-fait.

  Je soupirais.

- Des fois, je me demande si Elias et toi n'êtes pas des jumeaux séparés à la naissance.

- Vu ce qu'on a fait ensemble, je préfère que ça ne soit pas le cas, répondit tranquillement Alex en rangeant le parfum dans son panier. Bon, à toi, maintenant.

- A moi ?

- On va renouveler un peu ta gamme de cosmétiques et ensuite, on s'occupera de quelques fringues. Quand Lukas sera là, le but sera non pas de continuer à faire saliver Elias comme tu le fais très bien tout seul, mais de le faire baver. Comme ça, le message "Chasse gardée" entrera enfin dans le crâne de Lukas, on aura même pas à le torturer au parfum, tu aura enfin l'esprit tranquille, et tout est bien qui fini bien. Le parfum, c'est le plan B.

- Je préfère le plan A, sauf si ça inclue de me comporter comme la dernière des allumeuses. Mais j'ai pas un budget extensible tu sais, sur tout ce que j'ai volé à mon cousin - qu'il avait lui-même volé - il me reste moins de la moitié. Je vais peut-être reconsidérer l'idée d'Elias et me mettre au baby-sitting avant de finir fauché comme les blés.

- Du baby-sitting ? Il fallait le dire tout de suite, j'ai un bon plan pour toi. Mes parents ont des amis à qui je gardais souvent les enfants, j'ai arrêté quand leur fils de treize ans a commencé à vouloir "me prendre en photo pour montrer à ses copains". A part ça ils sont adorables.

- Si tu le dis, soupirais-je. Alors, la suite du programme ?


  Comme je l'avais senti venir, j'avais eu droit à mon quart d'heure "Pretty Woman" ; Alexandra m'avait traîné dans un nombre inimaginable de boutiques afin de me trouver des "munitions". Cette fille avait un vrai problème avec la gestion d'autres êtres humains. On avait tout essayé, j'étais passé de la vraie traînée au petit bourgeois devant les miroirs d'essayage. Moi qui préférais de loin les fringues confortables, noires, délavées et trouées, j'avais souffert. Après réflexion, Alex en avait conclu qu'Elias aimait mon style habituel - uniquement sur moi, vu qu'il le repoussait chez les autres - et qu'il fallait donc s'y cantonner en approfondissant le sujet. En fait, elle m'avait juste fait acheter des trucs plus moulants ou plus échancrés, un brin plus classes, voir franchement provocants, qui ne risquaient absolument pas de passer inaperçus pour Elias c'était certain. Je me sentais presque comme un bout de viande qui aurait essayé plusieurs emballages afin d'être le mieux mis en valeur devant le client.

- Si c'est comme ça à chaque fois que débarque un emmerdeur potentiel, on a pas fini, râlai-je alors que nous étions dans le bus, direction la maison. Vu que mon mec est loin d'être un moine, si je dois affronter un par un tous ses ex, je vais y passer dix ans de ma vie.

- Ça veut dire que tu te vois encore avec lui dans dix ans ? demanda sournoisement Alex.

  Je m'abstins de répondre, me contenant de montrer les crocs. Elle rit et me laissa tranquille, me délaissant pour continuer sa conversation instantanée avec Alina. Vu qu'elles avaient l'air de s'entendre comme larron en foire, j'étais aussi impatient de la rencontrer, celle-là...


  Le jour de l'arrivée de la délégation allemande, Elias et moi étions au moins d'accord sur un point ; il voulait que je vienne, et je voulais venir. De toute façon, ça n'aurait pas été négociable, dussé-je me cacher dans une valise pour observer la scène.
  Nous étions rassemblés en petits groupes à guetter le train, un vendredi soir. Si les parents d'Alexandra étaient là, pas ceux d'Elias ; étant donné que ce dernier voulait que Lukas me voit tel que j'étais, en garçon, la présence de ses parents aurait été... Problématique. 
  Même si je m'efforçais de rester stoïque, intérieurement je piaffais d'impatience. Je n'avais qu'une hâte, enfin poser mes yeux sur cet emmerdeur et le jauger, afin de déterminer si oui ou non, je m'étais fait un sang d'encre toutes ces dernières semaines avec raison, ou si j'étais définitivement un crétin.
  Je coulai un regard vers Elias ; cigarette aux lèvres - huuumm, lèvres... il semblait perdu dans ses pensées, se contenant de sortir la main de sa poche à intervalles régulier pour venir m'effleurer, me faisant sursauter à chaque fois.
  Enfin, le train fut annoncé en gare, et les allemands envahirent le quai. Non sans un certain amusement, je remarquais que si la grande majorité des correspondants s'élançait l'un vers l'autre avec divers manifestations de joie, d'autres se rejoignaient en traînant la patte, manifestement peu enthousiastes à l'idée de se retrouver de nouveau ensemble.
  Pour Alex, ce fut la première option ; elle se précipita vers Alina, une petite chose aussi menue et mignonne qu'un lutin de conte de fée avec de courts cheveux auburn attachés en une petite couette, en poussant des cris aigus que reproduisit la petite allemande à la perfection. L'instant d'après, elles gloussaient toutes les deux dans les bras l'une de l'autre.
Me hissant sur la pointe des pieds, je scrutais le flot des nouveaux arrivants d'un œil critique, cherchant à repérer l'ennemi ; et soudain, il fut là, fendant la foule vers Elias avec un grand sourire.
  Même si je l'avais croisé simplement dans la rue en ignorant son identité, il m'aurait déplu d'emblée ; sur son visage se lisait toute l'arrogance du monde. Grand, les épaules larges, ses cheveux blonds paille bouclaient sur sa nuque et encadraient un visage charmeur et viril, à la séduisante mâchoire carrée, où pétillaient deux yeux bruns rieurs. A première vue habillé comme beaucoup d'adolescents, avec un sweat, un jean délavé et des baskets rutilantes, on s'apercevait vite qu'il ne portait que de grandes marques, un peu trop grandes même. A son cou brillait discrètement une chaîne en or, à son doigt une lourde chevalière d'argent. Définitivement, on ne faisait pas partie du même monde. Il appartenait au monde d'Elias.
  J'eus toutes les peines du monde à ne pas montrer les crocs en le voyant approcher. Je n'avais qu'une envie, siffler et cracher comme un chat sauvage, le poil hérissé et prêt à en découdre. La puissante vague de jalousie qui me submergea soudain me plongea dans un si grand abîme de stupéfaction que Lukas put parvenir, sain et sauf, jusqu'à son correspondant.
  Familièrement, il posa une grande main - une vraie main de sportif, puissante et épaisse sur l'épaule d'Elias, pour l'attirer à lui et échanger deux bises, l'air jovial. Avec un sourire, nettement moins large mais tout aussi sincère, Elias lui rendit son salut, échangea quelques mots avec lui avant de brusquement me happer par la taille :

- Das ist Ivy.

  Lukas daigna enfin poser le regard sur moi - au sens littéral, car il me dépassait de deux bonnes têtes, ce con. J'avais l'impression qu'un seul coup de poing de sa part suffirait à m'enfoncer dans le sol.
  Attentivement, pendant qu'il me tendait la main avec un sourire de façade, il me détailla de la tête aux pieds. Mon analyse à moi étant déjà terminée, je me contentais de le fixer sans ciller, avec mon regard glacial le plus efficace. Je n'allais pas m'embarrasser à jouer les innocents absolument pas au courant de son passif avec mon mec ; dorénavant, il savait que je savais, et il savait aussi que la chasse était bien gardée. Contenant remarquablement son amusement, qui n'était visible que dans ses yeux, Elias nous laissa faire. Après la salutation d'usage, plus longue que prévu, Lukas reporta de nouveau son attention sur Elias avec un regard navré, qui traduisait sans peine la pensée "comment as-tu pu me remplacer avec ce truc."
  Impassible, je me contentais de donner un léger coup de pied à la lourde valise de ce connard de bavarois, qui vint s'écraser sur son pied avec la grâce d'une baleine échouée. Tandis que l'allemand se prenait soudainement pour une danseuse de ballet, à sautiller sur un pied en jurant, Elias me lança un regard hilare, avant de se faire faussement réprobateur. Je lui décernais un grand sourire d'hypocrite, les bras croisés, fermement campé sur ma position.

- Lukas, warte auf mich, fit Elias à son correspondant en lui désignant l'arrêt de bus, juste en face. 

  Claudiquant et non sans m'avoir jeté un regard soupçonneux, Lukas s'exécuta et s'en fut saluer quelques-uns de ses camarades, traînant sa grosse valise derrière lui.
  Elias attendit qu'il fut hors de vue pour se tourner vers moi, avec son éternel sourire en coin.

- Hum. Mon bébé est jaloux ?

- Mais t'as pas fini avec les surnoms débiles ? râlais-je.

- Il faut bien que je te trouve un petit nom.

- Mon nom est déjà petit, bordel. Trois lettres, ça suffit non ?

  Elias ne répondit pas, se contentant de m'attirer contre lui en ronronnant. Je me débattis un peu pour la forme, avant de me laisser faire en soupirant :

- Tu vas passer quinze jours avec ça...

- Arrête un peu... La moitié de leur séjour ici va être occupé par des activités extérieures qu'ils feront avec leurs accompagnateurs pendant que nous serons en cours.

- Je m'en fous, de ce qu'il fait la journée. Moi, je parle du soir !

- J'ai regardé sur le net, mais je suis navré mon cœur, les cages de chasteté... N'ont pas d'attrait pour moi, sinon éventuellement décoratif dans une soirée de mauvais goût. 

- Andouille ! grognais-je en le frappant sur le bras. Même si tu voulais porter ce truc, ce serait non. Le but c'est de te faire confiance, pas de t'empêcher de faire quoique ce soit avec un moyen détourné parce que justement j'aurai pas confiance.

- A te voir t'inquiéter comme ça, je doute que tu me fasse confiance, justement...

- Mais non... Enfin si... Enfin... Ah, tu m'énerve ! Je t'accuse pas de vouloir lui sauter dessus espèce de débile, mais c'est lui, lui ! T'as vu comment il m'a regardé ? Comment il t'a regardé ? J'suis sûr qu'il a prévu de te faire un strip-tease dès que vous serez rentrés !

- Et alors ? Il pourrait se rouler par terre complètement nu et enduit de chantilly, je resterai de marbre. Quand je dis non, c'est non. Et puis, j'ai mis des photos de toi dans ma chambre, je suis tranquille.

- Hein ?

- Parfaitement. Le message est clair, pour lui comme pour moi.

  A court d'arguments, et subodorant que j'allais devenir ridicule et vexant si je continuais à m'acharner, je restai silencieux quelques secondes, méditant, laissant Elias me câliner comme un chien câlinerait son os à moelle tout son soûl.

- J'ai réfléchi à ma condition, fis-je soudainement. Tu sais, pour que je te foute enfin la paix.

- Moui ?

- Je veux... Je veux... dis-je rapidement, passant mes idées en revue les unes après les autres. Vu le morceau que je venais de rencontrer, la plupart s'avéraient nulles ; j'avais espéré un peu tomber sur un gars pas trop méchant qui tirerait sa révérence en nous voyant tous les deux, mais visiblement il ne fallait pas compter dessus. En plus, Lukas avait l'air de croire que j'étais aussi peu dangereux que léger, c'est-à-dire qu'il me voyait plus comme une broutille que comme un obstacle.

- Alors ? s'impatienta Elias.

- Je... Je veux que tu me fasse entrer en douce dans ta chambre tous les soirs pendant quinze jours, lâchai-je tout de go.

Elias cligna des yeux, me considéra attentivement.

- Tous les soirs. Pendant quinze jours.

  J'allai me rétracter, comprenant l'énormité de ma demande - sans compter que je n'avais absolument pas envie de passer deux semaines à faire le clandestin - lorsqu'Elias coula un regard songeur vers Lukas, au loin. Cela suffit pour me hérisser le poil comme jamais. Je l'empoignai par le col, le forçant à me regarder, et me collai à lui sans la moindre décence.

- Je veux que tu me fasse l'amour tous les soirs pendant quinze jours. Pigé ? Tu te débrouilles comme tu veux, mais c'est pas négociable.

  Authentiquement stupéfait, Elias me fixa quelques instants - je le comprenais au fond, j'étais le type qui le tabassait à coups de polochon ou qui hurlait au harcèlement si je le trouvais trop souvent entreprenant, hein - puis se fendit d'un large sourire de piranha, le sourire carnassier dans toute sa splendeur qui me fit instantanément regretter mes paroles, mon entêtement, et ma naissance par-dessus le marché.
  Les réalisateurs de films d'horreur ne connaissent pas mon mec, et ça se voit ; là, je venais d'avoir la scène la plus grandiose de "je signe un pacte avec le diable" de tous les temps.

- Marché conclu, susurra-t-il. Dès demain soir, je prendrai mes dispositions. A présent, tu m'en vois navré mais on va rentrer... On se voit lundi en cours. Et lundi soir.

  J'acquiesçai, préférant faire mes prières plus tard, mais j'avisai Lukas par-dessus l'épaule d'Elias, qui revenait vers nous. Aussitôt, j'empoignais mon copain par le col pour lui rouler la pelle du siècle, celle-là même que je ne supporte pas en public, qui dit très clairement "viens et saute-moi". Evidemment, l'obsédé qui me servait de partenaire ne se fit pas prier pour y mettre du cœur, même un peu trop. Je me détachai de lui lorsque mon dos heurta un panneau publicitaire - d'expérience, ne jamais laisser Elias vous plaquer contre quelque chose capable de supporter votre poids... Et le sien.

- Je devrais héberger des correspondants plus souvent, ronronna Elias. Allez, sois sage...

  Renfrogné, je le regardai s'éloigner avec son armoire à glace bavaroise, qui m'avait dit au revoir du bout des lèvres, le regard dur. J'avais au moins la satisfaction de l'avoir énervé, celui-là. Dans ma poche de sweat, je caressai du bout des doigts le flacon de parfum choisi par Alexandra, avec une brusque envie de le lui renverser sur la tête.


  Sans surprise, le week-end fut éprouvant. A cause d'un mauvais temps persistant et d'une masse de devoirs assez conséquente, je ne bougeais pas de la maison, et mon humeur s'en ressentit. A côté, Alexandra et Alina s'amusaient comme des folles, échangeant leurs dissertations de langue respectives avant de se concocter un week-end atypique. J'avais donc deux nanas survoltées en petite tenue dans la maison, occupées à se vernir les orteils et à passer en revue toute leur gamme de maquillage, tout en visionnant des films d'horreur et sirotant d'invraisemblables cocktails sucrés aux couleurs écœurantes. Sans parler de leurs longues conversations à moitié en allemand auxquelles je ne comprenais pas grand-chose.
Alina m'avait trouvé "so niedlich*" - à tel point qu'Alexandra lui avait discrètement précisé que je n'étais ni libre ni de son bord, la pauvre avait été visiblement déçue. Du coup, les deux folles passaient leur temps à essayer de me débaucher - accepter de m'amuser avec elles parce que je m'emmerdais, plus jamais ; les chouchous à paillettes, le vernis "cerise passion paillettes" et le cocktail "blue orgasm", plus jamais.
  Et en vain, j'attendais des nouvelles de mon mec, qui n'avait pas donné le moindre signe de vie depuis vendredi. D'habitude, les jours où on ne se voyait pas, je recevais entre un et trois messages de sa part - au contenu édifiant bien sûr, je n'étais pas près d'oublier le "je pensais à toi, je vais me toucher" (prétendument une faute de frappe, le "d" ayant mystérieusement muté). Ou, si c'était moi qui lui envoyait un texto - souvent très poétique - il y répondait toujours rapidement. Or, rien. Même pas de réponse.
  Au début, je me réjouissais un peu d'avoir la paix, et fatalement l'inquiétude avait peu à peu pris le dessus. Samedi après-midi, j'imaginais Elias se faire masser par Lukas dans le grand salon, avec du champagne à disposition ; dimanche après-midi, en train de sauvagement s'envoyer en l'air avec. Bref, j'étais au supplice.
  Dimanche soir, après un énième texto sans réponse, j'envoyai avec colère mon portable voler à travers la chambre, maudissant Elias sur trente générations, me traitant de pauvre débile pour avoir accepté de sortir avec, et le chapelet de jurons habituels. A tel point qu'Alexandra vint me voir, en débardeur Hello Kitty avec la culotte assortie, une paire de lunettes de star sur le nez, sirotant un énième désastre culinaire rose fluo.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Il se passe que mon mec est un putain d'enculé de...

- Woh, il se la fait mettre maintenant ?

- Je suis pas d'humeur à faire des blagues débiles !

- Okay, okay. Respire, pète un coup. Qu'est-ce qu'il y a ?


- Pas de nouvelles depuis vendredi, silence radio. Il doit être en train de la poncer, son armoire à glace, à force de s'y frotter !

- Quoi, tu pique une crise à cause de ça ? Ah... Les mecs. Bouge pas.

  Me collant son verre dans les mains - il était indécent d'y mettre autant de décorations en plastique criard dedans, franchement - Alexandra s'empara du téléphone familial, faisant appel à un numéro enregistré, visiblement celui du domicile d'Elias.

- Allô, Claymore ? T'es vivant ? Dis donc, j'ai ta muse qui est à deux doigts de tout casser, là. Tu joue au scrabble avec ton bavarois depuis samedi ou t'es juste tombé dans une ellipse temporelle ?

  Râlant tout bas, je tendis tout de même l'oreille, n'entendant malheureusement pas le détail de ce que disait Elias.

- Ah, une allergie ? Les urgences, carrément ? Tu récupérera ton portable demain, oui, tu dois même pouvoir y aller ce soir.... Non, j'irais pas à ta place, je veux bien croire que t'en aie la phobie mais... Non, vraiment je doute qu'ils se souviennent de t'avoir recousu avant que tu te barres en douce il  a quelques mois. Okay, je te passe ton mec...

  J'adressai un geste grossier en direction du téléphone et repartis dans ma chambre en claquant la porte, trop vexé pour roucouler dans le combiné.
  Quelques instants plus tard, évidemment, Alexandra me rejoignit, cette fois équipée d'un chapeau de cow-boy rose et couvert de strass, avec l'écharpe pelucheuse assortie.

- Bordel, la gay pride c'est pas ce mois-ci...

- T'occupe, on fait des photos. Bon, il apparaît que Lukas a été malencontreusement en contact avec le gros flacon de parfum de la mère d'Elias et qu'il a vraiment mal réagi, apparemment il s'est découvert une nouvelle allergie, le pauvre loulou. D'après Elias, il ressemblait à une framboise croisée avec un oignon, donc question sex-appeal, hum... Même s'il va mieux depuis, et qu'il devrait avoir retrouvé une tête normale d'ici demain. Tu penses bien qu'Elias a été occupé. En plus, il a oublié son téléphone aux urgences, donc...

- Et alors, les mails, ça existe, grommelai-je, pourtant secrètement ravi de l'aventure... Exotique de Lukas.

- T'abuses pas un peu ?

- Non. Ce serait moi dans son cas, j'aurai droit à cinquante messages par jours avec obligation d'y répondre dans la seconde qui suit. Il peut bien aller se faire voir.


  Lundi matin, je faisais toujours ma tête des mauvais jours. Un week-end bouclé avec deux folles et des devoirs par-dessus la tête, sans tentative de la part de mon mec pour me rappeler, c'était trop. Aussi avais-je tout naturellement besoin de me venger, de passer mes nerfs.
  Consciencieusement, je me levais tôt, afin de disposer de la salle de bain - et du miroir - comme je l'entendais, peinant à retrouver ma toute petite trousse de maquillage dans le bordel étalé par les filles. Cela dit, je barbotais un joli gloss transparent qui traînait, ayant de toute façon cinquante cousins étalés un peu partout.
  Ensuite, dans ma chambre, je passais un certain temps à examiner mes fringues neufs, essayant de concocter la combinaison la plus ravageuse possible. J'avais jamais trop compris ce qui excitait les autres types dans l'androgynie - personnellement, je préfère fricoter avec un mec qui ressemble bien à un mec - ni dans mon physique à moi, mais je n'allais absolument pas me gêner pour me servir de cet avantage aujourd'hui.
  J'avais fini de m'habiller quand le réveil des filles sonna, et je partais de la maison lorsqu'elles se levèrent. Arrivé au lycée suffisamment en avance pour flâner tout mon soûl devant les grilles, je m'y adossais tranquillement avec une cigarette, aussi poseur que possible. En avance comme à son habitude, Elias ne tarda pas à pointer le bout de son nez, suivit par un Lukas un peu rougeaud et visiblement fatigué. Il me repéra rapidement, se dirigea vers moi ; je lui adressai un regard hautain, absolument royal, puis écrasai consciencieusement mon mégot avant de franchir les grilles, lui tournant le dos pour le reste de la journée.

  On allait voir si ça lui plaisait, d'être ignoré.






A suivre...




[L'avis du lecteur est toujours le bienvenu !]






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Source de l'image : Google (auteur inconnu)

*mignon


4 commentaires:

  1. Nyyyah ~ J'adore *-* Ce chapitre était juste génial x)

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  2. J'ai beaucoup ri comme d'habitude XD ils sont tellement géniaux tes persos !
    Et puis fin, le fait d'imaginer Elias ... Çava chauffer (dans tt les sens du terme ;) )
    J'attends la suite avec impatience !3

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    1. Merci,c'est gentil ! J'essaie toujours d'alléger les situations,même si je me laisse emporter...
      A dimanche alors ;3

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.