samedi 28 février 2015

Risque d'avalanche.
















  Pour la seconde fois en moins de quatre jours, je me retrouvais pompette. Sauf que cette fois, je l'avais fait exprès ; je n'étais pas rond comme une queue de pelle, merci bien, mais suffisamment imbibé pour glousser bêtement et me sentir mieux.
  Après le couvre-feu, comme promis, Elias m'avait entraîné dehors et je n'avais pas pu m'empêcher d'être admiratif devant son esprit de stratège des temps modernes ; il avait planifié le parcours à l'avance, allant même jusqu'à retenir en mémoire les heures de changement de service du personnel de l'hôtel qui se trouvait sur notre route, puisque bien évidemment lui avait été donné la consigne de prévenir toute tentative d'évasion nocturne de notre part. En véritables cambrioleurs, nous étions sortis sans que personne ne nous prête attention ou ne nous voie, et une fois encore, je préférais ne pas me demander Elias avait fait ses armes. 
  Une fois dehors, nous avions pris le chemin de la première boîte que nous avions trouvée - bon, d'accord, de la première boîte prestigieuse qu'Elias avait trouvé - avec une seule consigne ; en profiter un maximum. Visiblement, ce voyage avait rendu Elias survolté, et de mon côté, tout ce qui pouvait me changer les idées et me donner l'occasion de me comporter de façon naturelle était bon à prendre. Aussi, je bus vite et un peu trop, afin de profiter enfin de la fête, coûte que coûte. Plus raisonnable, Elias se modérait seul, mais il avait également fini par avoir les yeux brillants et le rire facile. Aussi, nous avions regagné l'hôtel avec une démarche un peu chaloupée, bras-dessus bras-dessous, pouffant à la moindre occasion, et nous étalant dans la neige plusieurs fois, ce qui nous faisait hurler de rire.
  Une fois arrivés dans notre aile, couverts de neige fondue, frigorifiés et toujours éméchés, je tentais tant bien que mal de réprimer un fou rire en regardant Elias s'acharner sur notre porte avec la carte magnétique, pestant entre deux éclats de rire.

- Tu va réveiller Morganounet, fis-je très sérieusement.

- Risque pas, 'lai demandé de nous laisser quartier libre.

- Hein ?

- Il squatte la chambre de Mike et ses potes, répondit Elias avec un sourire vicelard dangereusement proche de celui que pourrait avoir un psychopathe spécialisé dans la petite enfance. Viens-là, chonchon.

  Alors qu'il arrivait enfin à ouvrir cette foutue porte, Elias m'attira contre lui pour le baiser du siècle, qui manqua me mettre la tête à l'envers alors qu'il me pressait contre l'encadrement de la porte. Je me tortillai pour retrouver ma respiration, avant de le plaquer contre ladite porte que je fermai d'un coup de pied, lui arrachant déjà son écharpe et son manteau. L'animal se fait un plaisir, que dis-je, un devoir de me déshabiller plus vite en guise de réponse, nous entraînant dans son élan non sans un plaisir évident. Je pense que mon dos fit la connaissance de toutes les surfaces dures de la chambre avant d'enfin se retrouver sur nos lits collés, alors que je n'avais plus rien sur moi - si ce n'est encore un peu de neige. Neige qu'Elias se fit une joie de laper à même ma peau, en profitant pour la mordiller, me tirant des couinements de satisfaction. Non sans une vague inquiétude avinée - j'étais tellement anxieux de nature que seule une bonne murge pouvait vraiment me propulser vers l'euphorie complète - je demandai entre deux baisers :

- T'es sûr... Personne va venir ?

- Je bute le premier qui dérange... gronda Elias, occupé à batailler avec la ceinture de son jean, la faible lumière de la chambre et son taux d'alcoolémie lui posant manifestement quelques problèmes.

  Non sans lui faire les yeux doux, je volais à son secours, véritable professionnel de la ceinture que j'étais, et en profitai pour le renverser sur le dos afin de prendre un semblant de contrôle. Je mordillai la peau fine de son cou avec délectation, le sachant particulièrement sensible à cet endroit-là, m'efforçant de concentrer mes pensées confuses sur lui, et sur rien d'autre. L'alcool m'avait à peu près fait oublier pourquoi je me sentais si malheureux au fond de moi, mais mes problèmes enfouis revenaient par vagues, tentant de faibles assauts contre ma forteresse avinée. Aussi leur envoyai-je une image du visage extatique d'Elias pour les faire taire, les yeux mi-clos derrière ses longs cils et sa divine bouche entrouverte sur un baiser inachevé. Doucement, je pris sa main pour la guider jusqu'à mon intimité alors que je me penchais derechef sur ses lèvres pour m'en emparer, le cœur battant, comme toujours dans ces moments que je partageais avec lui.
  Alors qu'Elias reprenait soudainement le contrôle non sans me tirer un gémissement, une onde de panique couru soudain sur mon échine, semblant même atteindre les tréfonds de mon âme ; à travers les brumes de l'alcool, je me rappelai soudain des petits "souvenirs" que Jessie m'avait laissés, essentiellement des suçons dans la nuque et à l'intérieur des cuisses. Je n'étais pas réellement certain qu'Elias y prêterait attention, ou bien les identifierai en tant qu'intrus dans le feu de l'action et avec ce qu'il avait bu, mais je ne devais prendre aucun risque. Je les avais dissimulés sous du fond de teint pour la nuit dernière, juste au cas où, ce que j'avais évidemment oublié de faire tout à l'heure.

- Éteins, couinai-je sur un ton suppliant.

- Quoi ?

- Éteins ! Si jamais y'a un prof qui fait la ronde...

  Elias écrasa maladroitement l'interrupteur d'une main, avant de revenir s'occuper de moi de manière... Approfondie. La suite se perdit dans un magma confus de nos membres entremêlés, enlacés, de soupirs et de gémissements, suivie d'une fervente prière pour que personne n'ai rien entendu. Plus tard, allongé contre Elias endormi et la tête un peu plus claire, je fixais misérablement le plafond, attendant un sommeil qui ne venait pas. Moi qui pensais que notre petite soirée allait enfin me donner le coup de fouet qui me manquait et me changer les idées, j'avais finalement l'impression de l'avoir doublement trahi, c'était pitoyable. Une fois encore j'eus envie de me frapper la tête contre les murs - comment avais-je pu être aussi con, qu'est-ce qui m'avait pris de laisser Jessie m'entraîner chez lui ? Mais je préférais rester sagement dans le lit, à observer Elias dormir tout près de moi. J'en profitais pour examiner la cicatrice qui datait de notre mémorable représentation théâtrale, vu qu'il m'interdisait d'y regarder si je m'y intéressais ; je subodorais qu'il en avait vraiment honte. Elle était bien moins apparente maintenant, et j'avais bon espoir qu'elle disparaisse presque complètement un jour. J'y posai un baiser, avant de me pelotonner plus confortablement, d'éteindre la lampe et de m'endormir pour de bon.



- Alors ? Ta sortie avec Elias, hier ?

  Le lendemain matin, Alexandra et moi avions décidé d'aller patauger vers les pistes de luge avec les autres phobiques du ski, ou simplement grands fainéants. Les professeurs avaient vite abandonné l'idée de nous initier tous aux sports de glisse - au vu des filles comme Justine, capables de hurler de toute la force de leurs poumons dès qu'elles prenaient un peu de vitesse, je les comprenais. Aussi préféraient-il encadrer les groupes de skieurs véritables et les grosses sorties de groupe, déléguant l'autorité à des élèves responsables triés sur le volet pour les temps libres. Bien entendu, mon cher et tendre avait été nommé responsable en sa qualité de délégué, et était donc censé nous "encadrer" à partir de midi, Morgan, Alexandra et quelques autres, lorsque nous retournerions en ville à proximité de notre hôtel. Sachant que notre chef était le plus dépravé de nous tous, ça me faisait doucement rigoler.
  Alors que j'examinai avec appréhension les luges à notre disposition - je n'étais encore jamais monté dessus, après tout - je lui racontai à mi-voix mon étrange soirée de la veille. Alexandra pouffa :

- Mon pauvre ami. Tu aurais dû m'en parler pour les suçons, je sais comment les atténuer assez efficacement peu de temps après le crime. Une cuillère passée au congélo ou une poche de glaçons sont très efficaces... Enfin, au moins en est en pleine saison pour les écharpes, c'est déjà ça.

- J'aurai dû me douter qu'effectivement, tu es spécialiste, grinçai-je. Enfin, en tout cas... Tout s'est bien passé...

- C'est le principal. Tu vois, je te l'avais bien dit.

- Il aurait réagit immédiatement, hein, s'il avait vu ou ressenti quelque chose de bizarre ? Même un peu bourré ?

- Tu te pose vraiment la question ? Elias, c'est le type capable de signaler à un mec en train de l'assassiner que sa braguette est ouverte, qu'il lui manque un poil de nez, et qu'il va bientôt pleuvoir. Tu te fais du soucis pour rien.

- Ouais... Enfin... Par contre, euh... J'espère que personne n'a rien entendu.

- Parce que tu crois que tout le monde dormait sagement, à cette heure ? Je crois que la chambre de Raphaël, Marc, et leurs copains a été réaménagée en un tripot miniature, alors, vos bruits nocturnes...

- Mouais. Bon, on monte à deux ?

- Je ne sais pas si je vais réussir à me concentrer, répondit Alexandra avec un soupir énamouré en direction du même moniteur de ski que la veille, occupé avec un groupe plus loin.

- J'hallucine, quel cliché. Enfin, s'il te plaît tant que ça, pourquoi tu ne va pas le voir ? T'es la reine, pour accaparer l'attention des mecs, gloussai-je.

Alexandra grimaça, l'air déçue.

- Le problème est que je suis encore mineure. Encore quelques mois à attendre, et je pourrais joyeusement me faire détourner par qui je veux sans conséquences, mais d'ici là, c'est un peu compliqué. Et ce beau monsieur, là, il a l'âge d'être... Hum, mon plus jeune oncle, on va dire. La vie est mal faite.

- T'es au courant que l'ensemble des terminales de notre bahut est dans le coin ? Il n'y en a pas un seul qui te plaît ?

- Le problème, c'est que, même si moi je veux, ça ne garantit pas que l'autre le veuille aussi, me répondit-elle d'un air énigmatique. Bon, allez. Je me consolerai avec des photos de Robert Downey Jr ce soir. Fais voir le bolide ?



  Durant toute la fin de la matinée, je m'amusais comme un petit fou avec ma luge. S'il s'était avéré que pour espérer gagner une course, Alexandra et moi devions monter à deux afin de faire plus de poids, et donc plus de vitesse, en bonnes brindilles que nous étions, m'amuser tout seul me convenais aussi très bien. Je faillis pourtant écraser Justine et ses copines, mais j'espérais qu'elles ne m'avaient pas reconnu dans le feu de l'action, ma capuche fourrée cachant presque entièrement mes cheveux. C'était pas possible, j'avais vraiment un karma pourri.
  Karma pourri qui se confirma ; je finis par me débrouiller, je ne sais pas comment, pour sortir brutalement de la piste balisée et faire un vol plané qui m'expédia contre un monticule de vieille glace, à deux doigts d'un pylône qui je suis sûr, se serait fait un plaisir de m'ouvrir le crâne en deux. Sonné, je m'aperçus en portant la main à mon front que j'avais récolté une belle entaille, qui me vaudrait d'ailleurs très certainement le futur surnom d'Harry Potter.   Je ne m'étais pas encore relevé qu'Alexandra accourait vers moi, suivie de près par Elias et Morgan, ce dernier claudiquant encore sur ses chaussures de ski.

- Est-ce que ça va ? me demanda Elias, palpant mes membres et m'aidant à me relever.

- Euh... Ouais. C'était moins glamour que dans la Reine des Neiges, ça c'est sûr...

- Attends, bouge pas, j'ai un pansement quelque part, fit Morgan en tapotant les poches de son espèce de baggy.

- Surtout pas, ça va le défigurer complètement, et en plus les profs vont le griller, intervint Alexandra, pragmatique. Le moindre petit bobo va les affoler, tu le sais aussi bien que moi. C'est juste une égratignure, une petite compresse suffira.

  J'acquiesçai distraitement et les laissai me conduire au bas des pistes, un mouchoir plein de neige sur le front ; donnais-je tant que ça l'envie de me materner, ou me pensaient-ils constitué de carton ? Visiblement un peu des deux, vu qu'Elias se fit un plaisir de me cajoler jusqu'au bus, ronronnant de plaisir de m'avoir à sa merci, tel une petite chose fragile. Aussi ne fus-je pas fâché lorsque lui et Morgan rentrèrent à l'hôtel se laver et se changer avant de nous rejoindre pour déjeuner en ville, le quartier libre venant de commencer. Maussade à l'idée de m'être encore donné en spectacle, je traînai la patte derrière Alex et ses amies alors que nous étions dans une belle avenue. Et, comme pour rajouter à mon malheur, mon portable se mit à sonner dans ma poche ; Jessie. Je laissai les filles prendre de la distance afin de pouvoir décrocher et lui hurler de me lâcher une bonne fois pour toutes ; mais il ne m'en laissa malheureusement pas le temps.

- Salut, mon cœur. Puisque tu ne m'as pas laissé le choix, je t'annonce que je viens d'arriver, je suis à la gare de Courchevel.


Quoi ?!






A suivre...










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7 commentaires:

  1. Sainte merde. Cette fin.

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    1. J'ai toujours eu un certain amour pour les situations...Qui sentent mauvais,je l'avoue :B

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  2. Haaa hiii haaa houuuu ! Nan mais c'est plus un risque d'avalanche là c'est un risque d'extinction de masse due a une certaine personne blonde ;)
    Sinon j'aime toujours autant, et tout particulièrement l'humour d'Ivy *lui pouic les joues*

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    1. Haha,pas mal :P
      Oui,c'est fort possible qu'Elias-la-montagne entre dans une fureur noire,m'enfin...Peut-être pas ?
      C'est marrant,plusieurs personnes (moi la première),avons envie de le pouicquer malgré (ou à cause ?) de son caractère de petit cochon :D

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  3. Je viens de me faire un putain de marathon lecture, je crois que ça fait 4 heures que j'y suis! Plus jamais je saute autant de chapitres! XD
    J'ai ri, mais ri! Alex est vraiment un bûcheron déguisée en mannequin! XD merci pour cette scène jeux vidéo à la fois très bourrine et sexy! <3
    J'ai passé de longs chapitres à détester ce fichu Lukas et je pense que j'avais autant envie qu'Ivy d'utiliser la "statuette africaine" (Si je me souviens bien, sinon un autre objet fera l'affaire) pour lui refaire le portrait x)
    Et alors, tu es tellement diabolique sur les derniers chapitres que j'ai une boule d'angoisse aussi désagréable que celle de ce pauvre Ivychou é3è
    Mais tu es forte. Oh oui, tu es très forte!
    C'est dur pour mon GROS coeur d'artichaut mais bon sang, ça fait du bien d'y revenir, j'avais oublié à quel point c'est fantastique ce blog <3

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    1. Han tu l'as fait :B
      Ah oui,4h quand même ! Bon,moi qui m'inquiétais à l'idée que la future édition reliée se lise trop vite,je suis rassurée x)
      Alex,je l'aime.Elle est aussi bourrine que charismatique :D
      Ouais,c'était bien une statue africaine,pas sûr qu'il le lui aurait mise sur la tête par contre x)
      Enfin,contente que ça te plaise tout ça :D Espérons que ton filleul ne tue personne dans les chapitres à venir x)

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  4. Ah oui t'inquiète pas, ça ne se lit pas aussi vite qu'il y paraît! Et pourtant je suis rapide! (Hélène mettrait deux fois plus de temps, c'est dire!)
    Oh, dans la tête ou ailleurs, du moment qu'il couine XD
    Ha la la, tant de suspense! J'ai hâte de voir les futures réactions 8)

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.