dimanche 3 mai 2015

La vérité, et rien que la vérité - Partie une.














- Dites, il est malade Elias ?

- Non, Marc, Elias n'est pas malade, il va très bien. Il n'est pas non plus mourant ou drogué, je te remercie, répondis-je d'une voix lasse.

  Marc s'éloigna après un petit rire et je posai un regard accusateur sur Elias, qui dormait le plus tranquillement du monde, la tête sur mes cuisses. Depuis qu'il s'était endormi, c'était le défilé ; on m'avait effectivement demandé s'il était défoncé, malade, ou évanoui.   
  Apparemment, les gens étaient tellement habitués à son caractère de mer... Difficile, et ses instincts que je qualifierai volontiers de nymphomanes à condition qu'il ne l'apprenne jamais, que le voir doux comme un agneau et roupiller sur moi les choquait profondément. Rien de bien surprenant, vu qu'il était connu comme le loup blanc dans ce lycée, lui et quelques autres. Alexandra, en comparaison, se montrait beaucoup plus discrète, et passait pour une crème... De loin.

- Je le réveille ? soupirai-je à l'adresse d'Alexandra, assise en face de moi. Il commence à me foutre la honte. Enfin, je veux dire, tout le monde nous regarde.

  Ma meilleure amie avait découpé son magazine au niveau des yeux de la starlette en couverture, et matait Justine depuis qu'elle s'était installée au bar avec ses amies, bien visible depuis le hall. Je la soupçonnais d'ailleurs de plus s'amuser de son camouflage très cliché qu'autre chose. Alors que je croisais ses yeux bleus à la place de ceux de la pauvre Miley Cyrus énucléée, elle me répondit tranquillement de derrière son magazine :

- Pourquoi ? T'as la paix comme ça. Regarde comme il est mignon quand il dort, il arrête de ressembler à un gros enfoiré. Fais-lui un bisou, je suis sûre qu'il va gazouiller.

  Je soupirai derechef, et passai une main distraite dans les cheveux dudit enfoiré, qui avait effectivement l'air d'un ange lorsqu'il dormait. J'avais même pris une photo avec mon téléphone - après avoir dissuadé Morgan de lui dessiner quelque chose d'obscène au feutre sur la figure. On était descendus dans le hall pour attendre le déjeuner vu qu'on s'ennuyait dans les chambres - ou plutôt, parce que les deux blonds maléfiques s'emmerdaient, mais finalement Elias était vite tombé endormi. Sur moi, évidemment. A croire qu'il n'y avait pas assez de place dans ce foutu hall.

- Tu devrais être content, continua "Miley Cyrus". C'est une très, très grande marque de confiance, vu que la dernière personne sur laquelle il a dormi, c'était moi, et qu'il était saoul comme un cochon. 

- Oui, ou une très, très grande démonstration de mon utilité en tant que divers objets, grommelai-je. Je lui sers aussi de doudou très fréquemment tu sais, heureusement qu'il ne bave pas quand il dort.

- De quoi tu te plains. Tu n'as qu'à dormir aussi, vu que l'après-midi risque d'être sportif. Tu es toujours décidé à tester les patinettes sur les pistes ? 

- J'en ai marre de passer pour un gros trouillard. Mais toi, tu es toujours décidée à essayer aussi, hein ? Hors de question que je me paye la honte tout seul. Et arrête avec ce magazine. Tu ne peux pas te lever et lui coller une baffe, comme tout le monde ?

  Obéissante pour une fois, Alexandra posa son magazine sur ses genoux pour me sourire.

- Tu sais que je préfère la subtilité. C'est beaucoup plus jouissif, surtout si on ne peut pas t'accuser ensuite. Tu devrais pourtant être habitué, non, avec le psychopathe qui dort sur tes genoux ?

- Lui, il a une excuse, il est givré. Mais toi...

- Je vous entends, bande de cons, grommela le givré dont il était question.

  Elias ouvrit un œil, puis l'autre, s'étira avec volupté et me sourit, chafouin.

- Ho tiens, une vision céleste.

- Elle t'emmerde, la vision céleste. Je ne sens plus mes cuisses, ta tête est trop lourde.

- C'est parce que mon génie pèse son poids.

  Elias se redressa tranquillement, passant la main dans ses cheveux et étouffant un bâillement.

- Alors ? Qu'est-ce que j'ai loupé ?

- Rien. Alex a juste fait des trous dans Miley Cyrus.

- Ho, elle pourra toujours se les boucher avec sa wrecking ball. Au fait, en parlant de trou, où est Morgan ?

- Je crois qu'il essaie de brancher le réceptionniste, répondit Alex en feuilletant distraitement les pages trouées. Le pauvre, il est vraiment affamé.

  Au même instant mon ventre émit un douloureux gargouillement, et Elias me lança un regard accusateur.

- Comment ? Toi aussi, le réceptionniste te donne faim ?

- Vous êtes vraiment deux grands malades.

- Aaaallons mon petit sucre. Viens manger, ça ira mieux après. J'ai tellement hâte de t'emmener avec nous sur les pistes et de te regarder te dandiner comme un petit canard, cette journée s'annonce absolument fantastique.


  Finalement, il y avait une chose dont je pouvais être plutôt fier ; mon sens inné de l'équilibre. J'étais sûr que sans lui, je me serai davantage pitoyablement étalé dans la neige, comme la majorité des autres suicidaires pataugeant sur cette maudite piste verte. J'étais même moins désespérant qu'Alexandra ; vu qu'elle persistait à rester droite comme un i, quoique avec beaucoup de grâce, elle avait chuté bien plus souvent que moi.

- Seigneur, que va-t-on faire de vous, fit Elias en nous couvant d'un regard faussement navré. On dirait deux petits poulains bourrés qui viennent de naître. Vous êtes sûrs de ne pas vouloir intégrer le cours pour débutants avec les autres ?

- Hum, ça dépend, fit Alexandra tout en essuyant la quantité impressionnante de poudreuse qu'elle avait récolté depuis sa dernière chute. Il est gaulé comment, le mono ?

- Je vais bien y arriver, ripostai-je, féroce. Si je tombe, c'est à cause des plaques de gel et des creux, c'est pas ma faute.

- Bien sûr, où avais-je la tête. Eh bien, on remonte ? Il nous reste un peu de temps avant la fermeture des pistes, et il y a de moins en moins de monde.

- Okay, mais, euh... Cette fois, je descends avec Morgan. Je vais voir si je comprends mieux avec lui.

  A vrai dire, je voulais surtout parler à Morgan en privé sans attirer les soupçons d'Elias qui, on le savait, les flairait plus vite qu'un requin le sang.

- Okay, dit Morgan en tapotant le dos d'Elias. Je te pique ton chéri pour la prochaine descente et s'il la fait sans se vautrer, ça voudra dire que je suis meilleur pédagogue que toi. Et que tu me devra vingt balles.

- Soit, répondit Elias après m'avoir lancé un regard indéchiffrable. Dans ce cas, je vais coacher Barbie ?

- Redis-ça juste une fois, et je te fais bouffer ta planche. Et, non, je ne remonte pas, j'ai les pieds en compote, pire encore qu'après une journée passée en talons aiguilles. Paie-moi un café en attendant qu'Ivy et Morgan redescendent.

- Toi, tu paye. J'ai été assez galant avec toi pour le reste de mes jours.

- Tu paye, ou je te fais une réputation de muffle.

- J'ai déjà une réputation de salaud, trésor.

  Je levai les yeux au ciel et pris le chemin des télésièges avec Morgan en les laissant se disputer, soufflant dans mes gants pour essayer de les réchauffer. Je commençais à beaucoup regretter mes velléités sportives, mais au moins j'étais content d'avoir plus de cran que le groupe de pintades et de trouillards qui ne voulaient pas mettre un seul pied sur les pistes.

- Tu t'en sors plutôt pas mal, me félicita Morgan une fois que nous fûmes installés pour la remontée mécanique. Tu ne t'es rien cassé, t'as percuté personne, et je suis sûr que je peux gagner vingt balles.

- Trop aimable. Dis donc...Euh... Tout va bien, avec Elias ? Il n'a pas de soupçons ?

  Je regrettai mes paroles lorsque je vis le sourire jovial de Morgan disparaître, mais je devais en avoir le cœur net.

- Je ne crois pas. Etant donné qu'il m'aurait sans doute plaqué contre un mur en m'étranglant à moitié s'il ne soupçonnait ne serait-ce qu'un minuscule bout de cette histoire. Par contre, je te conseille de lâcher un peu ton téléphone, ou bien de prétexter une raison bidon pour changer de numéro, parce que ça va devenir suspect, même pour moi. Cet enfoiré ne t'a pas rappelé pourtant, non ?

- Non, mais... Tu sais ce que c'est. Il suffit qu'il le fasse, ou qu'il envoie un message, qu'Elias tombe dessus, et...

- Tu t'inquiète trop. Je ne connais pas ce Jessie aussi bien que toi, mais vu la dérouillée qu'il s'est prise - plus le fait qu'il pense que ton mec n'en a  pas grand-chose à foutre que tu aie couché avec lui - je ne crois pas qu'il aie très envie de faire le fier au téléphone. Et puis, tu n'en as pas besoin de ton portable en ce moment, vu que tout le monde est là. Le mien, ça fait des jours qu'il n'est pas sorti de ma valise.

- Je sais, je sais... Je l'ai laissé à charger dans la chambre pour aujourd'hui, mais il faudra vraiment que j'aille le consulter dès qu'on rentrera. Et là, ça va encore, vu qu'on est à Courchevel et que lui, il est je ne sais pas où. Mais quand on va rentrer... Il connaît notre lycée, et puis...

- Tu t'inquiète vraiment trop. Crois-moi, le seul jeune psychopathe de la ville, c'est ton mec. Ton Jessie va passer à autre chose, si c'est pas déjà fait.

- Espérons-le, grommelai-je en regardant le versant de la montagne défiler sous mes patinettes.



- Dernière descente, les jeunes ! nous prévint le préposé aux télésièges lorsque nous fûmes descendus. Ne tardez pas trop, la station va fermer.

- Vous inquiétez pas, on descendra même sur les fesses s'il le faut, répondit Morgan. Allez, viens !

  Je le suivis vers la piste, aussi digne que possible. A peine y avait-il quelques autres skieurs éparpillés en bas, dans la lumière déclinante. Au moins, je ne risquais pas de tuer quelqu'un, c'était déjà ça.

-Okay, donc tu te mets en position. Fléchis un peu, comme on t'a montré... Voilà... Et ne panique pas si tu sens un peu de glace sous tes planches, tu chutes toujours parce que tu te penche immédiatement en arrière. On va pas descendre tout droit comme des bolides, on y va tranquilles en lacets, okay ? Tu me suis.

  Docilement, je suivi mon ami sur la neige, l'esprit un peu allégé. Je ne risquais pas d'en devenir accro, mais c'était un sport assez marrant, il fallait l'avouer. Et moi qui n'étais pas très solide, j'avais moins de chance de me faire mal en me vautrant dans la neige que si j'avais voulu faire du skate sur l'asphalte.
  Nous étions à mi-chemin sur la piste, et moi concentré comme jamais, lorsque j'entendis tout d'abord un faible grondement. Je fixais le ventre de Morgan, m'apprêtant à rire, lorsque le grondement s'intensifia. L'air que je vis sur son visage me fit brusquement me retourner. Glacé d'horreur, je fixais le sommet de la montagne, juste en haut de la piste, qui disparaissait déjà.
  Qui disparaissait sous une avalanche.

- Oh putain, parvins-je à couiner.

- Déchausse, me pressa Morgan. Vite !

- Quoi ? Mais on va être trop lents !

- Déchausse ! cria-t-il. Si on est happés dedans, t'as envie de te casser les jambes ou de finir décapité ?!

  Les doigts tremblants je m'exécutai, peinant à réaliser l'horreur de la situation. Dès que j'eus ôté les fixations de mes patinettes, Morgan me chopa par le bras pour m'entraîner tant bien que mal vers la bordure gauche de la piste, semblant indifférent au grondement cauchemardesque au-dessus de nous, et aux cris de terreur des skieurs plus bas.

- Ivy, panique pas, ça va aller. On va essayer de se mettre le plus sur le côté possible pour éviter la coulée, okay ?

  Trop hébété pour me mettre à hurler, je fus juste capable de hocher la tête, surpris de ne pas être encore sous la neige.

- Si on fini dans la neige, tu fais pareil qu'à la mer, quand tu es pris dans un rouleau. Tu nage, d'accord ? Et surtout, ferme la bouche. Pas de cris, ou tu avaleras de la neige. Tu la ferme, tu nage, et ensuite tu creuse vers le haut, okay ? Tu sors tout de suite.

- Mais... Et toi tu...

- Je saurai quoi faire. Si tu ne me vois plus, tu attends d'être sûr qu'il n'y a pas une seconde avalanche avant de me chercher, d'accord ? C'est. Très. Important. Et si tu ne me trouve pas, tu descends tout seul chercher les secours. Tu ne reste pas sur le terrain. Est-ce que c'est clair ?

  Je fixais le tourbillon blanc qui serai bientôt sur nous, mais Morgan me saisit fermement le menton pour en détourner mon regard.

- Fais ce que je te dis. Ça va aller, on va sortir vivants de cette putain de montagne. J'aurai mes vingt balles, et Elias ne me trucidera pas pour ne pas t'avoir ramené. Pigé ?

  Je fermai les yeux et acquiesçai, des larmes glacées dévalant mes joues depuis mes paupières closes. 

Derrière nous, le grondement se rapprochait.





A suivre...











[L'avis du lecteur est toujours le bienvenu !]


Merci de votre patience au vu du retard de cette nouvelle publication.







2 commentaires:

  1. Chapitre passionnant comme d'hab' *^* même si je dois avouer que le titre "vérité" me fait actuellement plus peur que la situation de merde de Morgan et Ivy (bah oui, entre Elias en colère et l'avalanche, je choisirais l'avalanche…Je crois ?)
    Donc j'ai à la fois très hâte pour le prochain chapitre et en même temps je le redoute fortement… Q-Q

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  2. Haaaaaaaaa non mais là c'est pas humain de devoir attendre la suite ^^

    J'ai aussi peur pour Ivy, j'espère un dénouement heureux T-T

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Un p'tit commentaire ? Même si l'auteur est un ours qui n'aime pas être dérangé dans son antre,il apprécie les retours sur son travail,ça l'encourage plus que des smarties ou le dernier tube de l'été.Et il ne mord pas.Normalement.